Economie

Conférence Université de Toulon

François Lenglet :« La crise économique est renforcée par la montée des populismes »

Le 17 avril, à l'Université de Toulon, François Lenglet, journaliste économique sur TF1 et LCI, et essayiste, a décrypté les enjeux économiques mondiaux, pour un aréopage d'invités, principalement des chefs d'entreprise.

Invité par Xavier Leroux, président de l’Université de Toulon, et Laurent Falaize, président de Riviera Yachting NETWORK et de La Crau Pole, François Lenglet a donné une conférence sur « Les nouveaux enjeux économiques de 2019 ».

« Temps fort de la vie économique varoise, cet événement a participé au rapprochement du monde de l’entreprise et de la formation universitaire. Deux mondes pas si éloignés qu’il n’y paraît, et qui, visiblement, ont tout intérêt à travailler main dans la main pour contribuer, ensemble, au développement de l’attractivité économique du territoire » résume Laurent Falaize, à l'initiative de cette conférence économique.

Le président de Riviera Yachting NETWORK ajoute : « François Lenglet s’est fait connaître par sa maîtrise des dossiers économiques, et la répartie dont il a su faire preuve face aux différents responsables politiques, notamment pendant les campagnes présidentielles de 2012 et 2017, voire depuis 5 mois avec la crise des gilets jaunes. Libéral assumé, il vient de publier «Tout va basculer !», un livre qui dresse un état des lieux de l’économie nationale et mondiale. Cet ouvrage pointe plusieurs dangers majeurs qui vont rythmer cette année 2019 : la finance de l’ombre et le risque d’une nouvelle crise financière, la montée des populismes en Europe et dans le monde, le Brexit, etc ».

EXCES DE CONFIANCE ET STABILITE

Pour autant, François Lenglet, sans être un adepte de la thèse du déclin économique qui sévit parmi certains milieux politiques, n'est pas particulièrement optimiste en ce qui concerne l'économie mondiale. « La crise économique que nous vivons actuellement est une réplique de la crise de 2012, caractérisée par un endettement mondialisé ».

Dans le même état d'esprit, il, ajoute : « La crise de 2009 s'est réglée par de l'endettement supplémentaire et nous avons atteint un niveau de dettes aujourd'hui préoccupant. Actuellement, c'est une crise financière qui s'ajoute à la crise économique. Je pense que cette crise résulte de la fin du cycle libéral qui nous avait permis de connaître une période de croissance comme celle que nous avions connu durant les 30 glorieuses (1945 – 1975), c'est à dire un cycle de croissance assez long ».

A ses yeux, « la crise économique est renforcée par la montée des populismes à travers le monde ». Sur cette montée des populismes, François Lenglet ne fait pas que la prévoir, il la constate : « La marée des populismes n'est pas encore à son coefficient le plus élevé » !

Sur un plan plus politique, le chroniqueur économique a estimé que le discours de Toulon, prononcé le 25 septembre 2008 par Nicolas Sarkozy, « était sans doute le meilleur discours économique de ces 20 dernières années. Le diagnostic de l'état de l'Union était cristallin et avait particulièrement identifié, sans doute sous la plume d'Henri Guainot, les problèmes de dérive caractéristique du capitalisme. 11 ans plus tard, après une période de rémission au cours de laquelle les choses s'étaient améliorées, elles ont repris leur cours ».

Pour appuyer son analyse, il se base sur la thèse d'un économiste américain : « Cet économiste dit que l'excès de confiance de stabilité provoque de l'instabilité. Au contraire, il faudrait conforter sa capacité de prudence dans ces périodes de stabilité. C'est la loi de la psychologie humaine. Ce sont les périodes les plus fécondes qui expliquent les crises de 2008 et de 2011 - 2012, provoquant une rechute supérieure à ces crises. Comme les choses s'étaient normalisées, les comportements à risques ont recommencé. Qui plus est avec le soutien de la Banque Centrale » !

DESINDUSTRIALISATION DE L'EUROPE

Aujourd'hui, la répétition des crises économiques conduit à une désindustrialisation de l'Europe parce que l'Europe mène une politique économique qui date des années 80, c'est à dire telle que l'Europe l'avait conçue à cette époque. « Le retrait de l’État par le jeu des privatisations est une idéologie qui a eu son heure de gloire ». C'était la thèse de Jacques Delors, ancien président socialiste de la Commission Européenne pour qui « l'Europe devait apprivoiser la mondialisation ».

« Mais, au fil des ans, le projet européen s'est dénaturé par qu'il associait des économies très hétérogènes, notamment à cause de la doctrine de l'ouverture de l'Europe à d'autres pays. Cette doctrine poussée à son paroxysme a conduit à une désintégration du projet européen. Aujourd'hui, mêmes les états les plus libéraux comme les Pays-Bas font du capitalisme d’État, comme le montre leur arrivée au capital d'Air France. Une autre solution consisterait à refonder le projet européen. Mais, à cette heure, ce n'est pas l'hypothèse la plus probable ».

Pour autant, le chronique économique estime que : « La Commission Européenne est en train de changer de doctrine. Face à la Chine, la Commission montre les dents. Mais, la Commission envoie des signaux contrastés comme elle l'a fait avec sa position sur les fusions – concentration. Sur ce point, la Commission reste doctrinaire et fidèle aux textes années 89 – 90. Sur d'autres sujets, elle a pris en compte l'évolution du monde, mais elle l'a fait après Donald Trump. Au final, le destin de l'Europe est écartelé entre ces deux possibles » !

MONTEE DES POPULISMES ET GILETS JAUNES

Concernant la montée des populismes en Europe, François Lenglet explique : « Les partis traditionnels n'ont pas pris en considération le désir des peuples. Or, dans les périodes de crise, ce sont toujours les populismes qui captent les premiers cette demande politique. Et, les partis populistes diminuent en influence quand les partis traditionnels formulent les besoins du peuple, c'est à dire en instaurant des frontières commerciales, financières et face à l'immigration. Certes, il y a le droit d'asile. Pour autant, nous avons le droit de maîtriser nos flux. Seulement, aujourd'hui, le projet européen ne sait pas où les frontières de l'Europe s'arrêtent. Ainsi, la Turquie est-elle en Europe ? La doctrine de la Commission Européenne disait qu'il fallait poursuivre l'élargissement à la Turquie. Mais l'idéal européen ne pourra se faire sans des frontières » !

Autre point abordé par l'économiste : la crise des gilets jaunes. Est-ce une victoire inachevée pour les gilets jaunes alors que la France est engluée dans la crise depuis 5 mois ? Existe-t-il une sortie de crise par le dialogue ?

« C'est possible ! Mais, que représentent vraiment les gilets jaunes ? Les gilets jaunes ont été l'instrument d'un ressentiment populaire indubitable contre Emmanuel Macron. Il faut les accueillir comme un signe important. Dans l'interprétation du Grand Débat, il y a tant de choses contradictoires. Cette crise s'explique parce qu'Emmanuel Macron est arrivé avec un programme en décalage avec les souhaits de la population. Il est arrivé au pouvoir avec un programme libéral qui ne correspond plus aux attentes de la société française en 2019 ».

Il poursuit : « Aujourd'hui, la France est dans un cycle de demande protection, comme elle l'était également en 1981 lors de l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Mitterrand a été élu sur un programme communiste qui satisfaisait l'esprit de l'époque. Aujourd'hui, la privatisation d'Aéroports de Paris ne semble plus dans l'air du temps. Cette privatisation est en décalage avec les Français, sans doute parce qu'elle intervient trop tard. On est déjà loin du discours de la Sorbonne d'Emmanuel Macron. Pour autant, Macron sera-t-il capable de conversion. Les annonces qui ont filtrées montrent des mesures éparses, sans cohérence et liens entre elles. Où est le projet sous-jacent ? La question est ouverte ».

Enfin, la conférence était suivie d’un temps d’échanges avec les chefs d’entreprise et les présidents de zones d’activités du département. Une occasion de confronter leur vécu et leur ressenti face aux grandes tendances macro-économiques décrites par François Lenglet.

Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR

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