Actualités, La Londe

Hommage

Marcel Kafi, héros discret des guerres de décolonisation


Exhumés et rapatriés au Mémorial des guerres d'Indochine, 21 soldats morts pour la France en 1949 au Tonkin, près de la frontière chinoise, reposent, désormais en terre varoise à Fréjus. Parmi les combattants de cette terrible guerre, Marcel Kafi, un londais, qui s'est illustré sur de nombreux théâtres de guerre.

Le 15 octobre 2018, les dépouilles de 21 aviateurs et parachutistes de la Compagnie Indochinoise Parachutiste (CIP) du 3° BCCP (bataillon colonial de commandos parachutiste), morts le 12 mars 1949, lors d'une opération de désenclavement dans la région de Hoang Su Phi, ont été ré-inhumés au Mémorial des Guerres d'Indochine à Fréjus.

MORTS POUR LA FRANCE EN INDOCHINE

« Jusqu'à ce jour, ils reposaient dans le cimetière vietnamien de Tung San près de la frontière chinoise. La cérémonie d'hommage a débuté par un rappel de la situation qui a conduit à ce rapatriement. Le colonel d'aviation Christian Talon a rappelé combien ont été difficiles les négociations entre la France et le Vietnam, ce pays ayant décidé la construction d'une route à l'endroit où reposaient depuis le 12 mars 1949, neuf Français et douze Vietnamiens », raconte Yves Boyer, président du comité du Souvenir Français de La Londe-les-Maures.

« Pour mémoire, de 1945 à 1954 en Indochine, 100 000 soldats sont tombés, 76 000 ont été blessés et plus de 40 000 faits prisonniers dans des conditions tellement inhumaines que seuls 3 000 d'entre eux furent libérés et rapatriés en France métropolitaine dans l'indifférence voire l'hostilité d'une grande partie de la population française.

Ceci contraste avec les commémorations marquant le centenaire de la fin de la 1ère guerre mondiale », rappelle, la voix chargée d'émotion, le président du comité du Souvenir Français.

Car, parmi ces héros des anciens d'Indochine, présents et invités par l'Office National des Anciens Combattants du Var, il se trouvait deux bérets amarante, rescapés du 3ème BCCP, décimé sur la RC4. Ces deux compagnons de guerre ne s'étaient plus revus depuis le 13 octobre 1950, jour tragique où les survivants des bataillons parachutistes (75 hommes sur 600) furent dispersés dans d'autres unités.

EXTRAORDINAIRE RENCONTRE, 70 ANS PLUS TARD !

Parmi eux, le londais Marcel Kafi, du GC2 et le marseillais Joseph Rinaldo du GC3, à l'époque du conflit, âgés de 22 ans tous les deux. Extraordinaire hasard, ces anciens combattants se sont reconnus grâce à leur insigne, fièrement épinglé aux côtés de leurs nombreuses décorations, témoignage de leur engagement.

70 ans plus tard, ils sont venus rendre les honneurs à leurs compagnons disparus. Difficile pour eux de raconter ce qu'ils ont pu vivre, mais les souvenirs restent gravés dans leur mémoire.

« Le 12 mars 1949, ils étaient présents sur la base d'où a décollé le Junker 257 du commandant Ballaire. Joseph Rinaldo est un rescapé. Le sort a voulu qu'il soit au dernier moment écarté de ses compagnons de la CIP avec laquelle il devait embarquer. Il se souvient du retour à la base des autres appareils qui avaient du rebrousser chemin, en raison d'une météo défavorable à un parachutage », rappelle, encore Yves Boyer.

Pour ces deux hommes, les chemins de la vie ont été différents. Rinaldo ne supportant plus la vision de ces moments d'enfer vécus dans la jungle indochinoise, est revenu à la vie civile à son retour en métropole. Tandis que le sergent Kafi va s'illustrer, lors de l'opération REMY. Sur les 573 hommes du 8ème BPC, parachutés le 2 octobre 1951 (NGHIA LO), ils ne sont plus le lendemain que deux sergents et 9 hommes valides. En se plaçant au bout d'un pont de 4 km, il retarde seul l'avancée de l'ennemi et sauve d'une mort certaine le sergent Dumonteil et le caporal Coste, blessés, le dernier à rejoindre les éléments français. Jusqu'à 1953 (Opération RIFF), Marcel Kafi sert dans tous les bataillons parachutistes, sous les ordres de chefs prestigieux.

« Par exemple, il voue une profonde reconnaissance à l'un d'entre eux, le colonel Paul Ducournau, héros du débarquement de Provence au Cap Nègre, à Mauvanne et au Coudon. Titulaire de trois citations, le sergent Kafi poursuit sa carrière en Algérie où il obtient trois autres décorations et le grade d'adjudant-chef.

Engagé à l'âge de 17 ans sur la plage du Pardigon au 4ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, blessé en Alsace et en Indochine, membre depuis sa création du comité du Souvenir Français de La Londe-les-Maures, Marcel Kafi honore, aujourd'hui encore, de sa présence toutes les cérémonies patriotiques et poursuit, en même temps, son engagement en transmettant dans les écoles le devoir de mémoire auprès des jeunes générations », conclut le président de l'association mémorielle.

Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR


DE NOMBREUSES PERSONNALITES

La cérémonie était placée sous la présidence de Mme Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des armées, accompagnée de MM. Videlaine, préfet du Var, Ginesta, sénateur du Var, des députés Muschotti et Kleisbauer, de David Rachline, maire de Fréjus, du Colonel Landes, délégué militaire Départemental, de l'Ingénieur général Illich, délégué général du Souvenir Français pour le Var et de nombreuses personnalités civiles et militaires.

Une importante délégation d'anciens combattants parachutistes avait pris place, près du piquet d'honneur, constituée d'aviateurs et de bigors du 21ème RIMA, 3ème RPIMA de Carcassonne, héritier du glorieux 3ème BCCP, n'ayant pu rejoindre le Var en raison des graves inondations survenues dans la nuit du 14 au 15 octobre derniers.

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