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Sereine Mauborgne, député : « La force de la maternité de Gassin, c'est sa proximité »

Député de la 4ème circonscription du Var, Sereine Mauborgne a remis à Agnès Buzyn, ministre de la santé, lors de sa visite à Hyères, un rapport sur la situation des maternités en France et sur celle de Gassin, en particulier.

Dans son rapport, la parlementaire indique que la maternité de Gassin possède un atout incontestable, celui de la proximité, compte tenu de l'éloignement géographique des autres plateaux que sont Toulon et Fréjus. Un rapport qui milite pour le maintien de la maternité.

Sereine Mauborgne répond aux questions de La Gazette du Var.

Quelle est la situation de la maternité de Gassin ?

Sereine MAUBORGNE. Actuellement en France nous comptons 522 maternités, dont 223, comme Gassin en type 1. 48 % des accouchements ont lieu dans des maternité sans néonatologie, soit des maternités de type 2 et 3. Sur la question de l’éloignement des maternités qui correspond à la situation de Gassin : En 2016, 23% des maternités se situaient à plus de 30 minutes des foyers et 50% étaient à moins de 17 minutes. Dans le Var, nous comptons 7 maternités pour 8 956 accouchements. Gassin est la plus petite d’entre-elles avec 479 accouchements en 2017.

Que prévoit le schéma régional de santé pour son avenir ?

SM. Le schéma régional de santé et le cadre d’orientation stratégique, promulgués en mars 2018, m’interpellent. En effet, il prévoit la transformation en centre de périnatalité de plusieurs établissements dans le Var, sans pour autant spécifier quels hôpitaux sont visées. 4 collectivités pouvaient amender ce schéma (conseil régional, conseil départemental, SDIS et communautés de communes). A ma connaissance, seul le Conseil Régional a répondu avant le 18 juin 2018.

Quelle est la position de la communauté de communes dans ce dossier ?

SM. La communauté de communes du golfe de Saint-Tropez vient d’adresser un courrier à la direction de l’ARS à ce sujet.

L’ARS a diligenté une mission d’experts indépendants pour évaluer la position spécifique de la maternité du golfe de Saint-Tropez, en raison de sa taille et par son enclavement géographique.
Le rapport sur la périnatalité de 2016 permet, face à cette situation de péril, de poser les nouveaux enjeux auxquels professionnels de santé, établissements de santé doivent répondre. A mes yeux, il faut profiter de cette situation délicate pour relever de nouveaux défis et repenser l’organisation de ce service de maternité.

Quels sont les points faibles de l'établissement ?

SM. Le nombre d’enfants morts nés en 2017 s’élève à 4. Ce résultat est 30% supérieur à la normale mais doit être étayé par les arguments médicaux. Il peut découler d’un incident ponctuel et ne permet pas de tirer des conclusions quant à la sécurité des mamans et des nouveau-nés. Cette situation a été expertisée par des chefs de services médicaux des hôpitaux de Nice et de Marseille qui ont conclu à l’absence de faute médicale ou de prise en charge.

Autre faiblesse : Le nombre élevé de sages-femmes élevé. En comparaison, la maternité de Saint-Raphaël réalise, avec 24 équivalents temps plein (contre 16 à la maternité de Gassin), trois fois plus d’accouchements et trois fois plus de consultations externes. Enfin, la garde des anesthésistes 24/24, avec une présence spécifique à la maternité, s’avère être une originalité. En effet, l’adossement de la maternité au pôle privé serait plus propice à la mutualisation de la garde d’anesthésie. Et, cette organisation semble être le choix des autres établissements de taille comparable.

Et, en ce qui concerne les soins ?

SM. Le nombre de césariennes est un peu plus élevé que la moyenne nationale ce qui tend à allonger la durée moyenne de séjours et à augmenter les risques, notamment infectieux et chirurgicaux.
Il semble que l'hôpital connaisse d'autres difficultés, plus inquiétantes ?
SM. Effectivement, en été, il est difficile de trouver des ambulanciers privés disposés à prendre en charge des transferts de consultations vers le centre de Fréjus en raison des temps trop longs et coûteux de trajets. Par ailleurs, le déficit financier pose question car l’État, via le décret de périnatalité, impose des normes en personnel qui sont les mêmes de 500 à 1 000 accouchements. Ce qui induit un coût de personnel supérieur à 100% du budget de la maternité.

Malgré tout, l'établissement a des atouts, selon votre rapport ?

SM. Assurément. Le nombre de césariennes peut présenter un point fort de la sécurité dans l’établissement, la décision au moindre signe de souffrance fœtale de réaliser une césarienne par les gynécologues (d’astreinte 24/24) assure une bonne prise en charge du risque périnatal. De plus, l’engagement de ces obstétriciens est constant pour ce qui concerne l’avenir de cette maternité. En outre, le travail en réseau, avec l’hospitalisation à domicile de l’équipe médicale, présente un taux élevé de sorties avec ce service. Ce qui concourt à la sécurité des mères présentant des problèmes médicaux lors de leur retour à domicile.

Enfin, les consultations de sages-femmes sont très importantes dans l’activité, elles représentent aujourd’hui 1515 actes, soit deux fois plus que celles réalisées par les gynécologues obstétriciens (qui sont praticiens hospitaliers à mi-temps) et montre la solidité du travail d’équipe au sein de cette maternité. Ce point est favorable à la T2A qui mesure l’activité des hôpitaux. A titre d’exemple, dans une maternité comme Brignoles, une consultation sur 10 seulement est assurée par les sages-femmes.

Vous basez le maintien de la maternité de Gassin en arguant de la proximité ?

SM. Notre principal point fort, c'est, effectivement, la proximité. La maternité se situe à environ 15 à 30 minutes des foyers de son bassin de population. Avec l’augmentation de la population durant la haute saison (55 000 permanents jusqu’à 500.000 entre Pâques et Toussaint), le nombre de femmes enceintes séjournant dans le golfe augmente et peut conduire à la prise en charge, non programmée, d’un certain nombre de grossesses.

A ce jour, un des enjeux de l’évaluation des médecins experts sera de considérer la pertinence de la mission de service public. C’est-à-dire évaluer si la majorité des naissances du bassin de population est effective à Gassin. Je note que des femmes présentant des grossesses à risque sont redirigées par les gynécologues et les sages-femmes par les centres équipés d’un service de néonatologie (Toulon ou Fréjus). Le trajet moyen estimé vers ces centres par les services ambulanciers est d’environ 45 minutes à 1 heure l’hiver et largement doublé entre la période qui s’étend de juin à septembre. Notre maternité a, manifestement, un rôle à jouer. A mes yeux, il n'est pas question de la fermer.

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