Economie

Port de Brégaillon

« Pour sauver le port de Brégaillon, il faut un schéma d'aménagement global »

Le 13 octobre dernier, la société DFDS Seaways (Det Forenede Dampskibs-Selskab), une importante compagnie maritime danoise opérant, à la fois dans le transport de fret et dans le transport de passagers, a décidé le transfert de la ligne Pendik-Toulon (Brégaillon) vers le port de Sète.

Cette société danoise avait acquis, en 2018, l'entreprise turque U.N. Ro-Ro, qui faisait escale à Toulon depuis 10 ans. Les marchandises transportées par camion (machines, pièces automobiles, véhicules, électronique, ordinateurs, produits en plastiques, textiles, vêtements, et autres) représentaient l'essentiel du chiffre d'affaires de l'activité portuaire.

Toutefois, les principaux acteurs concernés, dont Nicolas Barnaud, PDG de WORMS, jouent la discrétion et ne souhaitent pas intervenir publiquement dans le débat, afin, disent-ils, « de ne pas créer de polémiques inutiles avec la CCI du Var ». Ainsi, le PDG de WORMS se réserve la possibilité « de s'exprimer plus tard, et plus longuement, sur ce dossier ultra-sensible. Nous avons beaucoup à dire, mais ce n'est pas le moment. Mais ce qui est sûr, c'est que WORMS va fermer son bureau de Toulon et 12 personnes vont être licenciées ».

UN COUP DUR POUR L'ECONOMIE DE LA RADE

Sous le couvert de l'anonymat, un docker, travaillant depuis de nombreuses années sur le port, reconnaît : « C'est un coup dur pour la communauté portuaire. Une soixantaine de dockers est sur le carreau. Notre activité économique était tournée tout entière vers le fret avec la Turquie. Cela représente une centaine d’emplois direct, et au moins 300 indirects qui vivent de la ligne Brégaillon / Pendik. Pour les collectivités qui l’ont soutenu dans son développement, le départ de la ligne DFDS vers Sète arrive au plus mauvais moment, puisque nous venons également de terminer notre contrat avec Monaco. C'est d'autant plus injuste que pour satisfaire l’armateur, la réfection des installations portuaires venait d’être achevée, et la réhabilitation, tant attendue de la voie ferrée, était confirmée pour début 2020. Si on ne fait rien, le port va mourir ».

Déception et incompréhension générale du côté de la CCI, gestionnaire du port.

« Nous l’avons appris officiellement et formellement de la part de Lars Hoffman, nouveau directeur de DFDS en Méditerranée et cette annonce a fait l’effet d’une bombe au sein de la Rade, tant l’ensemble des acteurs du Port, agents portuaires de la CCI, dockers, douaniers et autres professionnels du transit et du transport maritimes se sont employés pendant 10 ans à assurer la fiabilité et la compétitivité de cette ligne avec la Turquie », constate, avec dépit, Jérôme Giraud, directeur des ports de la Rade de Toulon à la CCI.

Première adjointe à la mairie de La Seyne-sur-Mer, en charge du volet maritime, Raphaële Leguen explique : « C'est dramatique pour le port et pour la ville ! Il y a 20 postes de douaniers en jeu. Au niveau de la manutention, c'est la quasi-totalité des emplois qui sont perdus. Cette activité avait généré de nombreux emplois. C'était aussi un moyen de retirer des camions de nos routes. Je pense que le rachat de l'activité a accéléré la décision de partir à Sète. On espérait 7 à 8 mois de négociation pour trouver une solution. Maintenant, on espère que l'activité va repartir ».

LE PORT CHERCHE ENCORE SA VOCATION

Selon Serge Daninos, chef d'entreprise et candidat à la mairie de La Seyne-sur-Mer, lors des prochaines élections municipales de 2020 : « La double urgence repose sur la recherche de nouveaux clients et sur la mise en place d'un schéma d'aménagement directeur du littoral seynois. Ce départ pour Sète de DFDS-U.N. Ro-Ro laisse un pan de l'économie en souffrance avec 200 emplois menacés et le ralentissement des activités connexes liées aux frais de vie, commerces, alimentation, hébergements hôteliers ».

Il reprend : « Cette mésaventure était déjà arrivée au port de Brégaillon en 2009, avec l'arrêt de la ligne « La Seyne-Rome », lancée en avril 2005, qui assurait le transport de véhicules neufs et de camions. Depuis sa création, le port de Brégaillon se cherche une vocation, une reconnaissance nationale et une stabilité économique ».

De son côté, Jacques Bianchi, président de la CCI, assure : « La qualité de service exceptionnelle, qui est offerte sur ce terminal, est maintenant connue et reconnue du monde maritime. Toulon et son territoire sont attractifs, la Rade de Toulon est attractive, et nous allons nous mobiliser collectivement pour attirer une ou plusieurs autres lignes maritimes. Nos équipes vont s’y consacrer activement, pour s’assurer que cette transition soit la plus brève possible ».

Ancré depuis les années 70 sur le site, le fret maritime de la rade de Toulon, s'est, d'abord, spécialisé dans le minerai de bauxite, puis le ciment. Une voie ferrée avait été construite reliant la gare de triage de La Seyne-sur-Mer au port, utilisée, principalement, pour l'embarquement de la bauxite. Malheureusement, elle a été abandonnée en 2009. Et, devrait être remise en service avec des investissements lourds, avec l'espoir, enfin, de concrétiser et développer le ferroutage.

Ce que confirme Jacques Bianchi : « Nous sommes en train d’achever un programme d’investissement de 12 millions d’€ et d’une dizaine d’opérations en 5 ans sur le Terminal Fret de Brégaillon. Alors que nous avons assumé nos responsabilités en mettant les moyens humains et financiers pour assurer, avec CGMV le manutentionnaire, un service d’une grande qualité, répondant aux exigences de l’armateur et aux transporteurs qui fréquentent le port depuis 10 ans, nous subissons un arbitrage stratégique de la part de DFDS sans qu’il n’ait quoique ce soit à reprocher aux professionnels portuaires toulonnais ».

RETROUVER UNE ACTIVITE PERENNE

Pour Serge Daninos : « Le port doit sortir d'une activité de « stop and go ». Quelles sont ses possibilités de développement en tenant compte des infrastructures, de la géographie, de la politique de l'État, de la situation du réseau ferré en PACA et de ce que les riverains peuvent accepter comme nuisances de voisinage. Car, depuis une dizaine d'années, les quartiers urbains du Gai Versant et de Brégaillon ont connu une forte augmentation de leur population du fait de la construction de nombreuses résidences ».

Il fait cette proposition : « Aujourd'hui, s'il est urgent de retrouver une activité pérenne dans les mois à venir, on ne peut plus se contenter d'un seul et grand client du port. Cette situation fragilise son avenir. Toute entreprise ne peut pas avoir un seul client, au risque de disparaître d'autant que la concurrence est rude entre les ports français et européens. Il est donc absolument nécessaire, à l'échelle de la Métropole TPM, qu'un schéma d'aménagement directeur du littoral de Brégaillon aux Sablettes, soit étudié, concerté et mis en œuvre. Car, ce littoral, stratégique pour l'avenir économique et social de la rade de Toulon, est sous équipé, mal utilisé ou en friche ».

Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR

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L'actualité économique et politique du littoral varois

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