Le Haut-Karabakh, une tragédie oubliée
En 1988, le plus ancien des conflits post-soviétiques a libéré l'enclave arménienne du Haut-Karabakh en sécession de l'Azerbaïdjan. Ce dernier considère pourtant la région comme une partie de son territoire souverain et rejette l'accusation d'épuration ethnique.
Pour les autorités, les Arméniens quittent la région de leur plein gré.
Mais les réfugiés se rappellent les représailles de 1990 qui ont fait 30 000 morts. Ils n'oublient pas non plus les milliers de victimes de la deuxième guerre en 2020. À l'issue de cette guerre, le président Azéri Ilham Aliyev avait annoncé : « Nous avons chassé les Arméniens comme des chiens ».
Un blocus inhumain
Cette année, le blocage du corridor de Latchine a isolé le Haut-Karabakh pendant plus de neuf mois. 120 000 habitants, dont 30 000 enfants, ont été pris au piège. Les actions humanitaires de la Croix Rouge ont été interrompues.
La population, et particulièrement les enfants, sont morts de faim ou n'ont pas reçu les soins médicaux nécessaires. Aucune nourriture n'est entrée dans l'Artsakh. 360 tonnes de biens essentiels, ainsi qu'un convoi subventionné par des collectivités françaises, ont été bloqués à Kornidzor. L'Azerbaïdjan a refusé de les laisser passer malgré les appels de la communauté internationale.
L'inaction internationale face à l'horreur
La brutale offensive militaire déclenchée le 19 septembre vise à éradiquer les Arméniens. Cette attaque a déjà causé plusieurs centaines de morts et de blessés, et s'accompagne de viols, de tortures et d'actes de barbarie. L'Azerbaïdjan veut provoquer l'exode des Arméniens par ce blocus et la crise humanitaire qu'il engendre.
La réaction de la communauté internationale s'est révélée insuffisante. L'Union européenne a fait preuve de lâcheté et d'un immobilisme confondant.
Certes, la France a condamné l'agression de l'Azerbaïdjan. Mais les paroles ne suffisent pas. Il faut des actes très forts, à la hauteur de l'indicible tragédie qui se noue aux portes de l'Europe. À l'ONU, la France devrait mobiliser ses alliés pour une indispensable mission humanitaire. Elle ne le fait pas.
Depuis le 24 février 2022, les puissances occidentales ont octroyé environ 50 milliards d'euros d'armes à l'Ukraine. En revanche, pas une seule cartouche pour l'Arménie.
Le 5 octobre, le Parlement européen a qualifié la situation d'épuration ethnique et s'est montré favorable à des sanctions ciblées contre Bakou, accusé de violations des droits humains et du cessez-le-feu.
En France, des responsables politiques de tous bords ont dénoncé ce nettoyage ethnique, certains employant même le terme de génocide. Ce terme est lourd de sens dans un pays traumatisé par le massacre perpétré par l'empire ottoman il y a plus d'un siècle.
La France devrait s'inquiéter de la montée du néo-ottomanisme et des propos du Président turc Erdoğan. Ce dernier a publiquement avoué que son but était de turquifier et d'islamiser notre pays. Car après les Arméniens, tôt ou tard, notre tour risque de venir.
Bernard Bertucco Van Damme