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Editorial

Immigration ? Où est la chance pour la France ?

Edition No. 170 · Published on September 13, 2022

Un projet de loi immigration en suspens

Le ministère de l'Intérieur avait annoncé la présentation d'un projet de loi au Sénat pour le 10 octobre. Cependant, une semaine plus tard, Élisabeth Borne a décrété le report de son examen.

Cette décision intervient à la demande d'Emmanuel Macron, qui souhaite organiser un "grand débat" préalable sur le sujet à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ce débat doit recueillir les propositions de tous les partis, partenaires sociaux, associations et représentants de la société civile.

Le report du projet de loi immigration par le Premier ministre indique une reprise en main de l’ambitieux ministre de l’Intérieur.

Ce report semble marquer une reprise en main par le Premier ministre sur le dossier, après l'action très médiatisée du ministre de l'Intérieur sur divers sujets comme les trafics de drogue à Marseille ou l'insécurité. Un conseiller du gouvernement aurait même déclaré : "Darmanin, il va trop vite, trop tôt. Il va s’en prendre une !".

Des visions divergentes sur l'immigration

L'idée d'Élisabeth Borne serait de faciliter, voire d'encourager, l'immigration par le travail. Dans un esprit similaire, Gérald Darmanin souhaiterait faciliter une régularisation en masse des sans-papiers et développer les effectifs de main-d'œuvre étrangère hors Union européenne.

Cette approche est critiquée au regard du taux de chômage en France, qui touche plus de 4,5 millions de personnes. Fin juin 2022, Pôle emploi comptait près de 6,5 millions d'inscrits, dont une majorité non indemnisée.

Pour assurer la stabilité des comptes des régimes spéciaux, il faudrait 2 à 3 millions d'emplois supplémentaires. L'amélioration des conditions de travail et une hausse des rémunérations pourraient inciter les salariés, jeunes ou seniors, à rechercher des emplois.

Un réservoir de chômeurs négligé

La relance de l'emploi en France, en mobilisant le réservoir de chômeurs, pourrait éviter le recours à l'immigration. Cependant, ce n'est pas l'orientation du gouvernement.

Le projet de loi immigration viserait à régulariser environ 30 000 clandestins par an. Les grandes entreprises, invoquant des difficultés de recrutement, souhaiteraient développer le recours aux clandestins et à l'immigration au détriment des travailleurs français.

La gauche et l'extrême gauche s'opposent à toute modification de la loi actuelle, considérant l'immigration comme un vivier de futurs électeurs. Une proposition d'un député macroniste pour le vote des étrangers hors Union européenne s'inscrit dans cette logique, bien qu'irréaliste constitutionnellement.

À Mayotte, la situation est décrite comme incontrôlable, poussant Gérald Darmanin à promettre un durcissement du droit du sol. Le contrôle strict de l'immigration demeure un combat politique essentiel en France.

Bernard Bertucco Van Damme