06/08/2026
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L’édito

Emmanuel Macron, un président élu par défaut

Édition n°161 · Parue le 2 mai 2022

Un score historique, une fracture persistante

Le soir du 24 avril, Emmanuel Macron a été réélu président de la République avec 58 % des suffrages. 18 779 809 électeurs, sur 46 millions d’inscrits, ont voté pour lui.

« Il est le plus mal élu des présidents de la 5ème République » !

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National avec 42 % des suffrages et 13 297 728 voix, a jugé que son score était une victoire éclatante. Elle a ajouté : « Je poursuivrai mon engagement pour la France et les Français (...) Je mènerai la bataille aux côtés de Jordan Bardella (...) et avec tous ceux qui ont la nation chevillée au corps ».

La fin du front républicain ?

Contrairement à 2002 et 2017, le front républicain, cher à François Mitterrand, n’est plus mobilisateur. Le rassemblement des partis politiques de droite et de gauche contre le FN-RN, considéré comme un parti d’opposition au régime républicain, a perdu de son efficacité. Le vote pour Marine Le Pen est désormais un vote d’adhésion et non plus un vote protestataire.

Le rapport de force n’a jamais été aussi serré au second tour d’une présidentielle pour un candidat FN-RN. Les propos d’Emmanuel Macron (Je savais que l’extrêmedroite ne passerait pas) ont bien failli voler en éclat à la vue des scores du RN, dans les Territoires d’Outre-Mer ou dans la Région Sud. Contrairement à 2017, le RN se place en tête, accentuant significativement l’écart avec Macron. Pour une majorité de Français, Marine Le Pen a fait une campagne de proximité et représente désormais une large fraction des Français.

Un pays divisé, des défis immenses

À la suite de l’opération de détestation du RN par le président candidat Macron (Vous parlez à votre banquier, quand vous parlez de la Russie), de la campagne des rédactions et magazines contre le RN, ainsi que des tribunes de certains artistes et sportifs, il va falloir se poser la question de la légalité du Rassemblement National. Comment un parti qui recueille plus de 13 millions de suffrages des Français ne serait pas républicain ? La question doit se poser pour l’extrême-gauche avec le parti islamo-gauchiste de Mélenchon. Beaucoup de médias devraient se remettre en question.

Le président Emmanuel Macron peut se prévaloir d’une victoire, grâce au front républicain contre ce qu'il nomme l’extrêmedroite et qui a fonctionné à gauche. Le niveau d’abstention (28 %) est le signe d’un fort malaise démocratique. Des pans entiers de Français ne se sentent pas représentés. Emmanuel Macron devra faire face à une France, déchirée par les rapports de force, et savoir composer s’il veut préserver l’unité d’un pays, coupé en deux, où les partis radicaux ont gagné du terrain, suite à la décomposition des partis traditionnels.

Dans la perspective des législatives, cette fracture inquiète la majorité. Certains parlent d’une crise institutionnelle potentielle. On ne dirige pas un pays avec un tel socle électoral. Emmanuel Macron réélu, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon visent ce troisième tour. De son côté Eric Zemmour appelle à l’union des droites face à Macron et aux islamo-gauchistes. Xavier Bellamy vise Nicolas Sarkozy qui a donné son soutien à Macron et certains élus LR qui ont changé de bord.

Après un nouveau monde en 2017, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures. « Dès à présent, je ne suis plus le candidat d’un camp, mais le président de toutes et de tous », a-t-il affirmé, dès le soir du second tour. À nous de le croire ? Les Français ont cinq années pour voir la différence et se faire un avis !

Bernard Bertucco Van Damme