L'industrie automobile européenne en péril
Stéphane Séjourné, Haut-Commissaire français et vice-président exécutif de la Commission européenne, chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, tire la sonnette d'alarme. Il a même écrit dans une tribune alarmiste publiée par Le Monde : "L'industrie auto est en danger de mort."
Le Commissaire reprend cette formule et enfonce le clou en embarquant dans ce Titanic les 13 millions de salariés du secteur qui travaillent sur le continent. En fait, le meilleur défenseur de l'industrie automobile, c'est Donald Trump ! C'est même lui le meilleur lobbyiste !
Car, depuis sa décision du 2 avril (reportée à 3 mois) de taxer à 25 % les voitures importées aux États-Unis, la planète automobile s'agite fébrilement.
Pas de quoi rassurer les constructeurs qui exportent environ 650 000 véhicules aux USA. De plus, avec l'inflation, les prix des voitures neuves ont explosé. Les équipementiers appellent à promouvoir le made in Europe, mais aussi à repousser la fin du thermique au-delà de 2035.
La double peine et l'espoir d'une remise en cause
La filière fait le siège de Bruxelles en évoquant la double peine : celle qui les oblige à subir ces fameuses taxes américaines, mais aussi l'obligation d'affronter le couperet de 2035. Cette échéance pourrait-elle être remise en cause ? Rien n'est moins sûr, mais les carburants de type e-fuel pourraient être autorisés, comme en Allemagne.
Toutefois, ce carburant est encore très onéreux et ne s'adressera qu'à une certaine élite. Le forcing de Washington fait peut-être l'affaire des constructeurs européens avec un argument massue pour que l'Europe les protège mieux et recule plus sur les échéances à venir.
Un plan d'action sous surveillance
Certes, la Commission européenne veut remettre l'industrie automobile sur la bonne voie. Flexibilité sur les émissions de CO2, verdissement des flottes d'entreprise, soutien à la production de batteries en Europe... Ce plan d'action manque toutefois d'éléments précis, d'autant que l'Europe va continuer de soutenir le développement de l'électrique !
Pourtant, avec ce plan, la Commission semble sortir de sa naïveté, en protégeant la filière et en lui donnant la possibilité de gagner en compétitivité. Ce qui ravit Sarah Knafo, députée européenne : « Merci d'être sorti de votre naïveté (...). La Commission a tout faux depuis 40 ans et il faut défaire tout ce qu'elle a fait. Il est temps de passer à l'action ».
Si l'industrie automobile a longtemps été une économie locale, ce n'est plus le cas depuis 15 ans, avec les délocalisations de production dans les pays de l'Est, en Turquie et au Maroc. Une déroute de l'industrie automobile qui se chiffre avec un déficit commercial de plus de 9 milliards. Un déséquilibre abyssal amplifié par l'électrification. Pendant ce temps, la déferlante chinoise progresse lentement mais sûrement. Pris à la gorge, les constructeurs européens cherchent à minimiser leurs coûts de production et d'approvisionnement pour disposer de modèles à prix attractifs.
Bernard Bertucco Van Damme