Par Marc Giraud
La France ne souffre pas d’un manque de projets, mais d’une profonde érosion de son outil industriel. Plus grave encore, les compétences humaines qui le font vivre se raréfient.
Une vision erronée de la réindustrialisation
Emmanuel Macron a affirmé : « Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en cinq ans la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris et qui parfois met plus de cinq ans à faire un projet industriel ou un poulailler ». Cette déclaration résume une vision erronée, réduisant le défi colossal de la réindustrialisation à une simple question de délais administratifs.
Comparer la reconstruction d’un monument emblématique, aussi complexe soit-elle, à la renaissance d’un écosystème productif est une erreur fondamentale. Un chantier a un début et une fin. Une industrie, elle, est un organisme vivant, qui innove, produit et se bat sur les marchés en continu.
Penser qu’il suffit d’appliquer la « méthode Notre-Dame » en accélérant les procédures revient à ignorer la racine du mal : la France n’a pas seulement perdu du temps, elle a perdu son savoir-faire.
La perte du savoir-faire, le cœur du problème
On ne peut décréter la création de « cathédrales industrielles » en oubliant que pendant trente ans, le pays a fermé des usines, démantelé des ateliers et abandonné des centres de recherche. Les filières techniques se sont vidées.
L’hémorragie de talents a laissé des cicatrices profondes. Les incantations politiques ne suffiront pas à remplacer des milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers hautement qualifiés partis ou non formés.
Le triptyque essentiel de l'industrie
Une industrie ne se résume pas à un slogan politique ou à un ruban inaugural coupé devant les caméras. Elle repose sur un triptyque essentiel et interdépendant : innover, fabriquer et vendre. Chacune de ces étapes exige un écosystème robuste que la France a laissé s’affaiblir.
L’innovation demande des années de recherche et de savoir-faire accumulé. La fabrication requiert des machines performantes, des chaînes d’approvisionnement fiables et des opérateurs formés. La vente, enfin, suppose une stratégie commerciale agressive et une compétitivité réelle.
Ce triptyque ne peut fonctionner sans les compétences humaines qui en sont le moteur. Or, c’est ce maillon essentiel qui fait défaut aujourd’hui. Cette méconnaissance profonde conduit à des politiques qui traitent les symptômes, comme la lenteur administrative, sans jamais s’attaquer à la maladie : la disparition du tissu de compétences.
Tant que ceux qui décident continueront de confondre un chantier exceptionnel avec la complexité d’un écosystème industriel vivant, la réindustrialisation risque de rester une ambition de discours plutôt qu’une réalité économique tangible et durable pour le pays.
Bernard Bertucco Van Damme