Par Émilie CARDINALE-BOTTERO
Une refonte de l'audiovisuel public
Le rapport du député Charles Alloncle propose une refonte de l’audiovisuel public, entre cure d’austérité et contrôle politique accru. C’est un texte qui ne laisse personne indifférent. Après six mois de consultations et de débats animés, le rapport du député UDR sur l’avenir de l’audiovisuel public dessine les contours d’une rupture avec le modèle actuel.
Le texte dénonce une « culture de l’irresponsabilité », alimentée par des conflits d’intérêts devenus monnaie courante et un système de contrôle interne jugé défaillant.
Au fil de 70 propositions tranchantes, le parlementaire dresse le portrait d’un service public jugé « à bout de souffle » et propose un chantier de reconstruction qui, s’il était mis en œuvre, bouleverserait en profondeur le paysage médiatique français. Loin d’être une simple série d’ajustements techniques, le document est un projet politique assumé, clivant, qui a ravivé les fractures au sein de la classe politique.
Austérité et recentrage des missions
Le point de départ du rapport est un constat sans concession. Pour remédier à cette situation, le rapporteur préconise une cure d’austérité d’une ampleur inédite : un milliard d’€ d’économies à réaliser. La moitié de cette somme serait réaffectée à l’entretien du patrimoine de l’État, un choix symbolique visant à réinscrire le service public dans une logique de discipline budgétaire stricte.
Cette rationalisation se traduirait par des mesures concrètes et visibles pour les téléspectateurs et auditeurs. Le rapport propose ainsi la fusion de France 2 et France 5, la suppression de France 4 et de la radio Mouv’, ainsi qu’une réduction des jeux télévisés et l’éradication de la téléréalité des grilles. L’objectif est de recentrer l’audiovisuel public sur ses missions fondamentales : l’information, la culture et l’éducation, au détriment du divertissement de masse.
Neutralité de l'information et indépendance
Le volet le plus explosif du rapport concerne la question de la neutralité de l’information. S’appuyant sur les résultats des élections professionnelles, le document affirme que « la grande majorité des journalistes de l’audiovisuel est de gauche », ce qui fausse l’équilibre du traitement médiatique. Pour contrer ce biais idéologique, Charles Alloncle propose d’imposer aux journalistes du service public une obligation de neutralité comparable à celle qui s’applique aux magistrats, assortie d’une grille de sanctions en cas de manquement.
Dans la même logique, le rapport suggère de remplacer les éditorialistes par des plumes issues de la presse d’opinion, dont le positionnement politique serait identifiable par le public. Si cette proposition entend répondre à une défiance croissante d’une partie des citoyens envers les médias, elle soulève de vives inquiétudes quant à ses conséquences. En cherchant à moraliser les rédactions par la contrainte, le risque est grand de les fragiliser et de porter atteinte à leur indépendance.
Bernard Bertucco Van Damme