À croire le gouvernement, la France serait dans une nouvelle ère : celle de l’effort de guerre. Les discours alarmistes se multiplient, les annonces de réarmement se succèdent, les milliards s’accumulent. La menace russe est l’argument ultime justifiant une réorientation massive de l’argent public vers l’industrie de défense.
Mais derrière cette rhétorique martiale se cache une réalité plus inquiétante : celle d’un pays qui abandonne ses priorités au profit d’une logique de militarisation dont les Français paieront le prix.
Des services publics sacrifiés
Car l’argent n’apparaît pas par miracle. Chaque milliard consacré aux armements est un milliard qui manque ailleurs. Dans les hôpitaux dont les urgences ferment faute de personnel. Dans les écoles où les enseignants dénoncent depuis des années la dégradation des conditions d’apprentissage. Dans les transports publics, dans les infrastructures routières, dans le réseau ferroviaire, dans le logement social et dans la rénovation des territoires abandonnés.
Pendant que l’exécutif parle de chars, de munitions et de production industrielle militaire, la France du quotidien se délite. Des millions de citoyens constatent la dégradation des services publics qu’ils financent par leurs impôts. Les routes se dégradent, les trains accumulent les retards, les centres-villes se désertifient, la propreté urbaine recule dans de nombreuses communes et l’accès aux soins est un parcours du combattant.
Une contradiction financière
Pourtant, le gouvernement persiste. Il faudrait accepter ces sacrifices au nom d’un danger présenté comme imminent. Il faudrait accepter que la dette explose, que les dépenses sociales soient comprimées et que l’investissement public soit reporté pour financer un réarmement dont personne ne mesure les conséquences économiques.
Cette fuite en avant intervient au moment même où la situation financière du pays est parmi les plus préoccupantes de son histoire récente. La dette publique atteint des sommets, les déficits se creusent et les perspectives de croissance restent fragiles. Malgré cela, les responsables politiques, qui expliquent depuis des années qu’il n’y a plus d’argent pour les retraites, les hôpitaux ou les collectivités territoriales, trouvent des dizaines de milliards lorsqu’il s’agit d’armement.
Une défiance croissante
Cette contradiction nourrit une défiance croissante dans l’opinion publique. Comment demander des efforts aux Français tout en engageant des dépenses militaires toujours plus importantes ? Comment expliquer à une famille qui peine à se loger, à se chauffer ou à se déplacer que la priorité nationale doit être la production d’obus ?
Plus préoccupant encore, certains envisagent de mobiliser l’épargne populaire pour soutenir l’industrie de défense. Le Livret A, historiquement destiné au financement du logement social et de l’intérêt général, pourrait devenir un outil au service du complexe militaro-industriel. Une évolution symbolique d’un changement profond de modèle : l’argent des citoyens ne servirait plus à construire des logements ou des équipements publics, mais à alimenter une économie de guerre.
Bernard Bertucco Van Damme