06/09/2026
La gazettedu Var
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Retour à l’édition n°268

L’édito

Quand l’extrême gauche joue avec le feu

Édition n°268 · Parue le 7 septembre 2026

Un antisémitisme qui change de visage

Il faut arrêter de se raconter des histoires car l’antisémitisme n’est plus un vieux démon d’extrême droite qu’on exhibe comme un trophée moral.

Il a changé de visage, s’est rhabillé en antisionisme, s’est repeint aux couleurs de la vertu militante, et s’est installé dans le débat public. Avec la bénédiction d’une partie de l’extrême gauche, ravie de trouver dans le conflit israélo-palestinien un exutoire idéologique à ses propres impasses.

Une obsession aux lourdes conséquences

Depuis des années, une frange radicale a fait d’Israël son punching-ball préféré. Une obsession, au sens clinique du terme. Critiquer un gouvernement, c’est normal. Mais transformer cette critique en rituel quasi religieux, c’est autre chose.

Surtout quand cette ferveur s’accompagne d’une incapacité à condamner le terrorisme islamiste ou à s’indigner des slogans appelant à la disparition de l’État d’Israël. À ce stade, ce n’est plus de la politique, c’est une dérive.

Et les conséquences sont là. Les actes antisémites explosent, les insultes se multiplient, les synagogues sont dégradées, les réseaux sociaux deviennent des terrains de chasse. Non, l’extrême gauche n’est pas responsable de tout. Mais elle contribue à installer un climat où l’hostilité envers les Juifs devient un bruit de fond, une banalité. Et cela, les Français juifs le vivent chaque jour.

Le test moral du 7 octobre

Le 7 octobre 2023 aurait dû servir de test moral. Une organisation terroriste massacre des civils, enlève des familles entières. On aurait pu espérer une condamnation nette, sans détour. Raté.

Une partie de la gauche radicale a préféré sortir son vieux logiciel : minimiser, relativiser, détourner le regard, renvoyer la faute sur Israël.

Les critiques de la conduite de la guerre se transforment alors, chez certains militants, en hostilité indistincte. Le gouvernement israélien n’est plus la cible car ce sont les Juifs, par glissement, par confusion, par paresse intellectuelle.

Un suicide politique

Politiquement, c’est un suicide assisté. En transformant le Proche-Orient en marqueur identitaire, l’extrême gauche fracture la gauche, s’isole, se coupe du reste des forces républicaines.

Les désaccords diplomatiques, c’est normal. L’ambiguïté face à l’antisémitisme, jamais. Les démocraties ne survivent pas longtemps quand elles laissent les discours de radicalisation remplacer le débat rationnel.

Opposer les communautés, importer des conflits étrangers, désigner des boucs émissaires, relativiser le terrorisme, ce sont les carburants des extrémismes, pas les outils de la République.

Pour une ligne de clarté

La France n’a pas besoin de militants en transe. Elle a besoin d’une condamnation de l’antisémitisme, sans acrobaties rhétoriques, du refus de l’importation des conflits étrangers, de la défense de l’État de droit et de la protection de tous les citoyens, sans hiérarchie des souffrances.

Le combat contre l’antisémitisme n’est pas un buffet où l’on choisit ce qui nous arrange. Il perd toute crédibilité dès qu’il devient un instrument partisan.

La fermeté doit être la même face à l’extrême droite, à l’islamisme radical, et à toutes les complaisances qui, sous couvert d’antisionisme, finissent par légitimer la haine des Juifs.

C’est sur cette ligne de clarté que se joue une part essentielle de la cohésion nationale. C’est là que les responsables politiques seront jugés.

Bernard BERTUCCO VAN DAMME