Un basculement géopolitique et énergétique s’est opéré sans bruit. Avec la mise en service de ses réacteurs Taipingling 2 et Changjiang 3, la Chine a dépassé la France en termes de puissance nucléaire installée.
Notre pays, pionnier et longtemps champion incontesté de l’atome civil, glisse à la troisième place mondiale, derrière les États-Unis et l’Empire du Milieu. Un événement qui, au-delà du symbole, révèle les conséquences d’une décennie de décisions politiques controversées.
Un abandon progressif de la souveraineté énergétique
Ce recul français n’est pas le fruit du hasard mais l’aboutissement d’un abandon progressif de sa souveraineté énergétique. En effet, les choix politiques effectués depuis une dizaine d’années ont mené à cette situation.
La fermeture de la centrale de Fessenheim, couplée à l’objectif dogmatique de réduire la part du nucléaire à 50 % dans le mix énergétique, est un tournant. Ces décisions sont autant de coups portés à l’héritage du plan Messmer, qui a doté la France d’une doctrine énergétique claire et d’une indépendance stratégique.
La stratégie industrielle chinoise
Pendant que la France débattait de son parc nucléaire, la Chine déroulait une stratégie industrielle d’une ampleur considérable. Le pays compte 62 réacteurs en service et 37 sont en construction. L’objectif est d’atteindre 110 gigawatts de capacité nucléaire d’ici 2030.
Pékin s’appuie sur sa propre technologie, les réacteurs Hualong One, déjà opérationnels. Sur les dix derniers réacteurs mis en service dans le monde, sept sont chinois. Cette planification à long terme contraste fortement avec les atermoiements européens.
Fusion nucléaire : la France à la traîne
Le décrochage ne se limite pas au nucléaire de fission. Sur le front de la fusion nucléaire, présentée comme l’énergie de demain, la Chine et les États-Unis investissent massivement.
Les géants de la technologie comme Microsoft et Google signent déjà des contrats d’approvisionnement avec des start-up du secteur pour alimenter leurs futurs data centers et leurs intelligences artificielles, anticipant une explosion de la demande électrique. En France, le sujet reste cantonné au domaine de la recherche fondamentale, loin des enjeux industriels immédiats.
Le symptôme d’une érosion plus profonde
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de domination chinoise sur les chaînes de valeur stratégiques. Pékin concentre 90 % du raffinage des terres rares, indispensables aux technologies de pointe, et 80 % de la production mondiale de panneaux solaires.
En France, le déclassement dans le nucléaire est le symptôme d’une érosion plus profonde. En renonçant à la maîtrise de son destin énergétique, la France a affaibli l’un des piliers de sa puissance.
Alors que la Chine met en œuvre une vision qui n’est pas sans rappeler celle qui a fait la force de la France par le passé, la question de la place de notre pays sur la scène mondiale est posée. Il ne s’agit plus seulement d’une compétition technologique, mais d’une interrogation sur la volonté de la France de rester une puissance souveraine au 21ème siècle.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME