Max Bauer, Secrétaire général adjoint de la Coordination Rurale et Président de l’UNIPHOR, répond…

À vos yeux, beaucoup d’exploitations ne passeront pas le cap ?

La situation est très grave ! C’est déjà fortement prévisible pour une filière comme l’horticulture qui, du fait de mesures tardives, inappropriées et inéquitables, est complètement sinistrée. Je pense qu’il faudra un véritable plan « Marshall », comme pour l’ensemble de l’agriculture française. Le président de la République et le Gouvernement ne cessent de répéter, inlassablement, que nous sommes en guerre. En première ligne, il y a les infirmières et les infirmiers, et tout le corps médical. En seconde ligne, les agriculteurs qui sont mis à forte contribution.
Comment analysez-vous la situation ?
Je suis consterné ! Quelle belle déclaration faite par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume le 18 mars : « Vous, agriculteurs, qui êtes le maillon essentiel, le premier maillon de la chaîne alimentaire. Sans vous, sans votre travail quotidien, dans les champs, dans vos fermes, aucune matière première, aucun produit transformé, aucun aliment, ni animal ne peut parvenir dans nos assiettes. Nous comptons sur vous. Ne lâchez rien, continuez vos activités essentielles, indispensables. Vous participez pleinement à l’effort de la communauté nationale. En retour, l’État sera à vos côtés pour traverser cette période difficile ».
Vous croyez à ces belles paroles ?
Pas vraiment ! Quelle sera la finalité dans 6 mois ? Dans 1 an ? Quand les intérêts des uns et des autres reprendront le dessus et que le commerce mondial sera de nouveau une concurrence déloyale pour nos agriculteurs ? Comment ne pas avoir en mémoire l’enfumage des États généraux de l’Alimentation (EGA) ! Ils devaient, à l’origine, apporter des prix rémunérateurs aux producteurs...
Dans cette période compliquée, où est la place de la Coordination Rurale ?
Nous lisons, ici et là : « Mais que fait la Chambres d’agriculture, les interprofessions et toutes les structures qui gravitent sur le dos des agriculteurs. Enfin, tous ceux qui nous veulent du bien malgré nous mais qui, avant tout, réfléchissent et manigancent pour préserver leur système. Nous l’avons vu lors des dernières élections tronquées des Chambres d’agriculture et de la MSA.
C’est une nouvelle polémique ?
Pas du tout ! En cette période, il faudrait être consensuel ! De qui se moque-t-on ? Je reste un homme d’action, de conviction, déterminé et à l’esprit critique, et force de propositions comme notre président Bernard Lannes et tous nos collègues élus qui sont engagés, chaque jour, dans diverses réunions au sein de différentes
Et, maintenant la FNSEA affirme être pour la TVA sociale...
Avec 15 ans de retard sur nos propositions ! C’est vrai que la Coordination Rurale a déclaré, en janvier 2006, qu’il fallait un débat sérieux sur la TVA sociale ! Celle-ci n’est toujours pas mise en place. Nous sommes convaincus, plus que jamais, que c’est la mesure à mettre en place dans un positionnement économique différent. Même chose en juin 2013, quand la FNSEA défend l’exception agricole, alors que nous avons lancé le concept de l’exception agriculturelle en 1993, soit dix ans plus tôt !
En mars 2020 devant le Sénat, le ministre de l’Agriculture a pris position pour l’exception agricole...
Mais pour quand ? Où est la sincérité ? Quand en même temps, le ministère, avec la validation de la FNSEA, soutient la montée en gamme, la vocation exportatrice et permet à l’Union Européenne de signer des accords de libre-échange (CETA, MERCOSUR). À la Coordination Rurale, nous sommes certains que ces accords vont mettre en danger des milliers d’exploitations, voire les faire disparaître en détruisant des milliers d’emplois. Comment peut-on continuer à subir toujours plus de contraintes à l’initiative de la FNSEA, qui se targue d’apporter des solutions aux attentes sociétales, notamment par le biais du contrat de 30 solutions. Un contrat que nous définissons plutôt comme le contrat des 30 soumissions ! Avec courage, la Coordination Rurale assume de combattre depuis le début l’instauration des zones de non traitement (ZNT). Le 11 février 2020, la Coordination Rurale a même déposé une requête en annulation devant le Conseil d’État et le 12 février 2020 une requête en référé-suspension.
Vous appelez donc à une mobilisation générale de tous les agriculteurs ?
Effectivement ! Je dis aux agriculteurs : Ne vous faites pas confisquer vos libertés et votre reconnaissance ! Il en va de votre avenir. Gardez votre dignité ! Rejoignez un syndicat libre, indépendant et visionnaire qui vous donne la parole en participant aux débats pour recréer le monde de demain. Entrons en résistance, même si nous sommes boycottés ou copiés, il vaut mieux une idée originale qu’une pâle copie. Les élites se sont ramassées. Elles vont vouloir rester aux manettes, pour essayer de se rattraper en recyclant de vielles positions ou discours car elles ont peur de ne plus faire partie du monde d’après. •
Coordination Rurale ? On ne la voit pas.
êtes le maillon essentiel, le premier maillon de la chaîne alimentaire. Sans vous, sans votre travail quotidien, dans les champs, dans vos fermes, aucune matière première, aucun produit transformé, aucun aliment, ni animal ne peut parvenir dans nos assiettes. Nous comptons sur vous. Ne lâchez rien, continuez vos activités essentielles, indispensables. Vous participez pleinement à l’effort de la communauté nationale. En retour, l’État sera à vos côtés pour traverser cette période difficile ». Coordination Rurale ? On ne la voit pas. On ne Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR