26/07/2026

« Le journal d’un confiné », par Jérôme Navarro

L’ancien élu de la ville de Toulon raconte pour La Gazette du Var, son confinement du 16 mars au 10 mai.

RGPar Rédaction Gazette du VarJournaliste 20 mai 2020 Lecture : 5 min
« Le journal d’un confiné », par Jérôme Navarro
« Le journal d’un confiné », par Jérôme Navarro© La Gazette du Var
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Le 15 mars, alors que je venais de tenir et présider dans une ambiance toute particulière, le bureau de vote 99 de l’école maternelle Aiguillon à Toulon, dans le cadre des élections municipales, je sentais bien que nous étions en train de basculer dans une page particulière et sombre de l’histoire de notre pays. Cette présidence, je dois vous le dire honnêtement, je l’ai assumée par devoir moral et citoyen en tant qu’élu mais aussi pour mes assesseurs fidèles amis qui me suivent depuis près de 20 ans. Et ce, malgré les craintes légitimes de mon épouse et la peur de prendre des risques pour mes proches. Il est cependant à mettre à l’honneur la ville de Toulon et son personnel qui avaient mis en place des mesures de distanciation et du matériel d’hygiène sanitaire en quantité nécessaire.

UNE NOUVELLE PAGE

« Le journal d’un confiné », par Jérôme Navarro

Tandis que les écoles étaient déjà fermées le vendredi 13 mars et que le Premier Ministre instaurait la veille au soir du 1er tour la fermeture de tous les lieux recevant du public, j’anticipai le soir-même, en rentrant tardivement chez moi, un possible confinement ! Dès le lendemain à ce titre, j’étais en contact avec la société Inter-Faces (mon employeur professionnel pour lequel j’exerce en tant que responsable de projet d’aménagement en mobilier), qui m’informait ne pas ouvrir ses magasins et fermer ses bureaux de Toulon et Puget-sur-Argens, dès ce jour. Dans la foulée de l’intervention présidentielle, et de la confirmation du confinement, j’étais placé en chômage partiel avec une activité très réduite à du télétravail à la maison. Une nouvelle page commençait bel et bien... Comme des millions de Français, du 15 mars au soir jusqu’au 11 mai, jour de la reprise « sous conditions », soit pendant 56 jours, j’ai pu ainsi appréhender l’arrêt de mon activité habituelle et l’extrême limitation de mes déplacements. Pour ma part, ces règles je les ai acceptées, validées et comprises immédiatement. Il était maintenant nécessaire de réapprendre à vivre autrement et pourquoi pas de se servir de ces moments pour se repenser. J’ai mesuré la chance que j’avais tout d’abord d’être équipé d’un ordinateur et d’un accès à Internet, d’une imprimante scanner, afin de travailler (traiter mes mails professionnels, devis, gestion de commande, etc.) mais aussi et surtout d’assurer avec mon épouse les cours scolaires de mes enfants.

BAISSE DU CHIFFRE D’AFFAIRES

En y passant près de 5 heures par jour, nous avons pu réaliser comment une journée de classe était fastidieuse à assumer. Je tiens à remercier les professeurs investis et à l’écoute, et toute l’équipe de Notre-Dame-des-Missions. En ce qui concerne l’entreprise Inter-Faces (16 salariés toulonnais et varois) et afin de limiter au maximum la baisse inévitable de son chiffre d’affaires, celle-ci a mis en place des offres spéciales « confinement » afin de faire bénéficier à tous ses clients de prix très avantageux sur tout le mobilier en stock et pouvant être récupéré dès la fin du confinement. Enfin, l’activité de mon mandat d’élu étant à l’arrêt, de par le confinement mais aussi en fonction du résultat des élections, il me restait beaucoup de temps à occuper pour ces 56 jours... Bref, une véritable nouvelle vie à organiser durant le confinement mais aussi pour l’après ! Aimant la lecture, notamment philosophique et ésotérique, j’ai pu m’abandonner à cette passion. Rien de mieux que de profiter de ces temps particuliers afin de prendre du recul face aux événements mais aussi face à soi-même, face aux doutes.

INCARNATION DU DOUTE

Oui en 2020, dans une société si moderne, si technologique, si performante, le Covid est bien l’incarnation du doute, dont aucun scientifique ne sait réellement ce qu’il va en advenir, ce qu’il va nous arriver, voire des scientifiques qui se contredisent depuis le début de la pandémie... Or, la vie même est doute ! Toute découverte de l’humanité est partie d’une remise en question ! Nous l’avons tous oublié, bien trop perdus dans nos certitudes... À la manière des grands penseurs, il me semble essentiel de savoir apprécier, plus que jamais, la vraie valeur des choses, la chance d’être en vie, d’être en bonne santé, de respirer, de vivre libre dans un beau pays, avec les êtres chers que nous aimons ! Tout ceci est précaire car nous sommes mortels, des êtres voués à la finitude. Chaque jour est une victoire sur l’existence et l’homme doit penser au jour où il quittera cette terre et le pourquoi de ce beau parcours. À ce titre, je voudrai profiter de la parole qui m’est donnée pour avoir une pensée forte et sincère pour tous ceux qui ont perdu une personne de leur famille, un être cher. À l’image de ce rendez-vous quotidien du soir à 20 heures, devenu essentiel pour nos enfants comme pour nous, moment de communion des hommes et des femmes appartenant à une même nation, notre France, qui nous a permis de célébrer les vrais héros de la vie de tous les jours, nos soignants qui ont sauvé des vies, mais aussi tous ceux qui ont continué de travailler afin que nous puissions vivre confinés.

REAPPRENDRE À VIVRE

Je pense que j’ai la chance d’avoir pu profiter de ces instants en position d’intériorité forcée (j’espère que d’autres ont pu le faire), pour méditer et mesurer l’essentiel de ce qui fait notre monde, moi qui étais bien trop occupé auparavant, vivant à « mille à l’heure » dans ce monde bruyant où on y parle trop vite, trop fort, et où les passions sont parfois dévastatrices. À ce sujet, les réseaux sociaux ont encore une fois montré ce qu’il y a de meilleur et de pire dans l’être humain. « Cultiver son jardin », mon petit extérieur de la Loubière, fut une bouffée d’oxygène. Avec un mois d’avril très ensoleillé, j’ai mesuré aussi la chance de pouvoir passer du temps à jardiner, bricoler, ainsi qu’à des moments de défoulement et d’activités sportives avec mes enfants. J’imagine l’extrême difficulté des familles nombreuses, bloquées dans un appartement sans accès sur l’extérieur. Oui, il va donc falloir réapprendre à vivre avec la reprise d’une vie quasi-normale. Cela sera peutêtre même pour certains plus difficile que le confinement, vivre avec ce « poison », qui est là, ennemi invisible mais dévastateur (en souhaitant un jour que les chercheurs du monde entier trouvent un vaccin). Pour cela, nous devons, plus que jamais, cultiver nos vertus cardinales, notamment savoir être prudent, tempérant, exercer la probité, l’acceptation des règles, et plus particulièrement par rapport à ce virus, la distanciation dans un but double se préserver mais aussi l’autre notre semblable, voire les plus faibles, respecter les prescriptions d’une hygiène sanitaire stricte, et le port du masque qui doit être obligatoire partout ... Bref, s’il s’agissait peut être d’une chance à saisir pour notre nation et tous ses citoyens d’avoir une conscience beaucoup plus collective qu’à l’accoutumée ! À l’image d’une équipe sportive, on ne gagne qu’à condition d’être ensemble et de pousser dans le même sens, d’avoir un vrai supplément d’âme. •

Jérôme NAVARRO