26/07/2026

Christian Simon : « Logement social et loi SRU, l’équation est insoluble » !

Christian Simon, le maire de La Crau et vice-président du Conseil régional, est à la tête d’une commune carencée vis à vis de la loi SRU, puisqu’elle ne…

RGPar Rédaction Gazette du VarJournaliste 9 décembre 2020 Lecture : 5 min
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Face à l'application insoluble de la loi SRU, Christian Simon se bat au nom de l'agriculture, l'environnement et la qualité de vie de sa commune, une ville à la campagne. Christian Simon répond aux questions de La Gazette du Var. Quelle est la situation de La Crau concernant les logements sociaux ? Christian SIMON.

J'ai fait construire plusieurs logements depuis mon élection mais l'effort n'a pas été pris en compte. Au 1er janvier 2008, la commune comportait 267 logements sociaux. Au 1er janvier 2020, l'inventaire comprend 607 logements sociaux.

Le nombre de logements sociaux a été augmenté de 127% en 12 ans. De plus, certains de nos logements en habitations anciennes ont des loyers comparables aux logements sociaux. Bien qu'il soit accessible aux revenus modestes, notre parc ancien n'est ni labélisé ni comptabilisé !

Contrairement aux idées reçues, notre commune accueille une population aux revenus, qui pour une large part, sont modestes à moyens. Par le passé, elle a joué et joue encore pleinement à ce jour, son rôle d'intégration sociale en proposant une offre de logements dont bénéficient principalement les jeunes actifs, les ouvriers notamment agricoles, les militaires, les employés, et les seniors.

Depuis 2013, année à partir de laquelle l'État s'est arrogé la possibilité de délivrer à la place de la commune, des autorisations d'urbanisme destinées à des logements sociaux, il a tout bonnement réussi à n'en réaliser aucun. Ce résultat semble illustrer la réalité des obstacles rencontrés dans l'application de la loi.

Que pensez-vous de l'objectif exigé par la loi ? CS. L'objectif SRU est inatteignable puisqu'il est supérieur à la production actuelle de logements sur la commune !

Il nous faut bâtir 1 800 logements sociaux avant 2025, ce qui signifie la construction de 1 800 logements de plus en accession pour un total de 3 600 logements. Il nous faudrait assimiler cette nouvelle population et réaliser de nouveaux équipements publics pour l'accueillir, comme des crèches, des classes, ou des places supplémentaires dans les centres de loisirs. Ce qui aurait pour conséquence d'alourdir fatalement les budgets, et paradoxalement, dans un contexte de réduction sans précédent des aides financières d'État allouées aux communes !

Et cela ferait de moi, le maire, un bétonneur et n'inciterait absolument pas à la mixité sociale en invitant un public difficile et en créant de l'insécurité.

Quels sont les autres freins à la réalisation de l'objectif de la loi SRU ? CS. À La Crau, nous avons 50% de terres agricoles de bonne qualité. Il est hors de question de les déclasser. Et la commune compte 30% de zones boisées. Près de 83% du territoire communal est classé en zone agricole ou naturelle, non constructible.

Il faut savoir que La Crau est une commune ressource dans le Plan Alimentaire Métropolitain, et ce grâce à nos terres agricoles. De plus, nos plaines peuvent absorber et freiner l'eau, contrairement au béton, réduisant ainsi les risques d'inondations. Il ne nous reste donc plus que la ville et transformer les vieux bâtiments est un processus long et cher.

Il s'agit de racheter un quartier, de le démolir, le réaménager, reconstruire et ajouter l'équipement public.

La succession de diverses lois pose aussi problème. La taxe sur les terrains non construits par exemple a induit des détachements de parcelles et la construction de résidences principales supplémentaires, ce qui a creusé le déficit. Nous avons également la contrainte des antennes émettrices de la Marine.

Nous ne pouvons réaliser des bâtiments en hauteur en centre-ville. Près de 40% du territoire est impacté par la servitude de hauteur, le centre-ville en intégralité. Sans parler du prix élevé du foncier, la multiplication des recours administratifs contre les permis de construire par des tiers, les difficultés des bailleurs sociaux à accéder à l'équilibre dans le montage financier de leurs opérations, la suppression des surfaces minimales constructibles, etc.

Qu'en est-il de la carence ? CS. La commune de La Crau est carencée depuis 2013.

Le système est bloqué. On ne construit plus. La dernière pénalité s'est élevée à 711 000 € !

Je l'ai écrit : À mon sens, la pénalité financière évoquée frappe de façon sourde et aveugle, en répondant à une politique dogmatique, qui me laisse penser que l'État veut mettre à genoux les Collectivités, plutôt qu'être un partenaire à l'écoute et force de propositions.

Si cette sanction financière se confirmait, nous serions amenés à opérer des choix difficiles, comme supprimer certains engagements de notre programme de mandat, réduire les subventions aux associations, stopper certaines animations, augmenter la fiscalité, voire soumettre un budget en déséquilibre au vote du Conseil Municipal. Il n'y a pas d'autres solutions.

Selon vous, quel est le travers principal de cette loi ? CS. Nous ne sommes pas contre le logement social mais contre la sur-urbanisation. C'est la vie des gens qui est en jeu. L'urbanisme, c'est potentiellement la délinquance de demain.

Le bien-être est déterminant dans le bon fonctionnement d'une commune. Je préfère me battre contre l'État sur des sujets comme celui-ci que mettre en péril le bien-être de la commune. Je ne veux pas dépasser les 20 000 habitants.

Aujourd'hui, la population est de 18 000 habitants. Je l'ai dit et je tiendrai. J'aime ma ville, car j'y ai grandi, mes enfants y vivent, mes petits enfants y vont à l'école, j'ai participé depuis ma jeunesse à la vie associative, j'aime par-dessus tout à ce que mes concitoyens y soient heureux et épanouis.

Quelles seraient vos propositions d'amendement ? CS. Selon moi, la loi SRU n'est pas adaptée aux enjeux sociaux et environnementaux d'aujourd'hui, tout comme à la réalité des territoires.

Elle doit faire l'objet d'un toilettage auquel les élus locaux devraient être associés. Je l'ai écrit dans mes lettres au président de la République ! Je vois deux gros problèmes à cette loi : Considérer les logements sociaux en tant que logements principaux et le stock.

Je reconnais qu'il y a du retard. Pour le palier, je construis déjà 30% de logements sociaux pour 10% de logements en accession à la propriété sociale. Mais c'est un programme sur 8 à 9 ans...

Mes propositions seraient de procéder en termes de flux et non de stocks, de prendre en considération les spécificités agricoles et de faire en fonction des demandes. Aujourd'hui, La Crau a 280 demandes de logements sociaux, en sachant que les demandeurs ont aussi fait des demandes sur d'autres communes. Les besoins en logement social sont évidents, mais en quantité raisonnable, qui correspondent aux demandes en attente formulées par celles et ceux ayant une attache sociale, familiale, ou professionnelle, avec notre commune.