François de Canson : « La force de la Méditerranée vient de ses territoires »
Forte de la réussite de la première édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (avec plus de 1 500 visiteurs), la FMES a renouvelé l'expérience…

En 2023, les RSMed ont été animées par 13 tables rondes, la présence de 14 Chefs d’État-major français et étrangers et de 14 pays représentés, avec près de 60 intervenants (des militaires, des industriels, des chercheurs, des diplomates, des étudiants...). Ce rendez-vous a orienté les débats sur quatre focales, avec les tables rondes des Chefs d’Étatmajor, les recompositions géopolitiques, les ruptures technologiques et les défis sécuritaires transverses. L'objectif restait inchangé : identifier ceux qui contribuent à la recomposition du monde.
DIPLOMATIE DES TERRITOIRES

S'exprimant sur la situation géopolitique mondiale, François de Canson a expliqué : « Depuis 6 ans, nous organisons la Méditerranée du Futur. 40 délégations de toute la Méditerranée qui viennent parler de leurs défis communs. Ce fut la jeunesse, l'innovation, l'investissement, la santé, les risques naturels, la souveraineté alimentaire, ou le mois dernier l'eau. Nous cultivons ici une conviction profonde. Une idée neuve, une vision différente, c'est que la force de la Méditerranée vient de ses territoires. Elle dépend aussi de nos régions, de nos gouvernorats, de nos wilayas et unions de municipalité. Unis et rassemblés, les territoires de Méditerranée peuvent écrire leur histoire ensemble. D'aucuns parlent de multilatéralisme par le bas, c'est une diplomatie des territoires, qui - en respectant toujours les lignes des diplomaties d’État - savent souvent trouver les voies pour avancer et maintenir un dialogue. Avec la force des territoires, et des puissances locales, qui font le dernier kilomètre de l'action publique, toujours au profit de solutions concrètes. Avec cet optimisme de combat nécessaire pour régler les problèmes du quotidien, de nos concitoyens, du plus basique au plus fondamental ».
LUTTE CONTRE LE TERRORISME
Le vice-président de la Région a insisté : « La solution doit passer par l'Europe. Nous avons besoin d'une Europe forte qui s'assume, et de chercher un horizon politique de sortie. La stabilité de la région, le retour à la normalisation au-delà des réponses sécuritaires et implacables face aux groupes terroristes doit s'atteler à une réponse politique, bâtie sur un horizon. La lutte contre le terrorisme doit aller de pair avec la recherche de la paix. L'Europe en la matière a un puissant rôle à incarner, et à ne pas déléguer. L'Europe par sa naissance s'est placée à l'avantgarde de la marche de l'Histoire, construite pour sa paix intérieure et pour pacifier ses relations extérieures. Qui mieux qu'elle peut porter ce message et sa réussite depuis le discours de Schumann en 1950 ? Il lui faut changer de méthode et s'accepter comme puissance géopolitique capable de faire bloc sur des valeurs de cohésion, capable de porter l'enseignement « du comment détendre l'élastique du lance pierre » par le récit collectif. La guerre en Ukraine a affirmé cette nouvelle dimension géopolitique à l'Europe, avec un besoin urgent de relance économique, de montée en puissance militaire et d'agilité diplomatique. La manière dont l'Union souhaitera se positionner sur la scène mondiale et le type de réponse géopolitique qu'elle apportera face aux bouleversements actuels influenceront pour longtemps la perception que nombre de ses partenaires internationaux nourriront à son égard ».
GUERRE FROIDE
Cette année, ces rencontres Stratégiques tombaient dans une période charnière de notre histoire avec le conflit au Moyen-Orient. Une période où le mot guerre revient dans nos quotidiens d'Occidentaux, non comme une notion lointaine tant historique que géographique mais comme une réalité voisine et palpable. Le monde se polarise et connaît une accélération des mutations géopolitiques comme jamais il n'en a connu. L'ensemble des grands équilibres que nous connaissions depuis plusieurs décennies volent en éclats les uns après les autres. Et nous nous retrouvons pris dans une réalité internationale qui n'a jamais été aussi complexe car protéiforme et constituée de crises simultanées. Alors que le concept de guerre froide semblait enterré et dédié aux livres d'histoire, la Russie se dresse en ennemi de l'Occident. Alors qu’Israël avançait dans un processus d'Abraham de normalisation avec le monde arabo-musulman, le Hamas sonne la fin de l'utopie. Et, l'Arménie vit à bas bruit le plus grand des chaos qu'elle n'ait jamais connu, amputée de la République du Haut-Karaba. Avec l'exode de plus de 100 000 personnes sans aucun espoir de retour, elle tremble pour son intégrité territoriale face à des azéris qui ne semblent pas enclins à en rester là. Enfin, François de Canson a salué l'existence de l'institut FMES, think-tank dédié à la Méditerranée, au Moyen-Orient et à l'Afrique : « Au cœur de la région Sud, il s'agit d'une structure d'excellence par la qualité des études produites, stratégique et indispensable à l'écosystème politique, économique, académique, de Défense et de sécurité de la région ».
Photo PRESSE AGENCE.