Déprise agricole, artificialisation des sols et le loup inquiètent les agriculteurs varois
Une assemblée générale instructive et pleine de débats.

ARTIFICIALISATION DES SOLS Le 13 novembre, la Coordination Rurale du Var (CR 83) a organisé son assemblée générale, ce qui a permis aux agriculteurs du département d'échanger sur leurs sujets de préoccupation. Max Bauer, président de la CR 83, a animé les débats. Tout d'abord, les agriculteurs ont évoqué la déprise agricole qui est désormais une réalité.
Ainsi, un état des lieux de l'agriculture varoise a souligné l'importante déprise agricole dans le département. Avec 12% des espaces occupés par l'agriculture, le Var est le département de la région Sud où les surfaces agricoles, prises en milieu naturels fortement étendus, se rarifient au fil des ans.

Dans le même temps, les adhérents constatent une artificialisation des sols. Dans le Var, les territoires urbanisés ont progressé d'environ 40 000 ha depuis 1988. Les territoires agricoles ont régressé d'environ 16 000 ha, soit une augmentation de 59% pour les territoires urbanisés, contre une diminution de 13% pour les territoires agricoles.
Ainsi, les sols artificialisés représentent 77 258 hectares soit 13 % du département (10 % en moyenne pour la région).
Un point sur lequel Christophe Campanelli, directeur départemental de la SAFER, est intervenu en précisant les moyens mis en place pour lutter contre ce phénomène : « Dans le Var, le Plan de Reconquête Agricole doit apporter des solutions concrètes, partagées et concertées, quant au développement agricole. L'objectif est de reconquérir 10 000 hectares de terres agricoles à l'horizon 2030 ». Toutefois, Max Bauer a rappelé que « ce plan n'est sans doute pas assez ambitieux car 10 000 hectares ce n'est que 8 % de l'espace agricole perdu depuis 1960 ».
Autre dossier sensible, celui de la cabanisation, un phénomène à prendre au sérieux. À ce sujet, l'assemblée a évoqué le détournement des terres agricoles, qui sévit dans le département depuis une dizaine d'année. « Des terres qui étaient jadis agricoles ont été détournées de leur usage et vendues à des particuliers qui s'en servent pour entreposer du matériel.
Exemple, dans l'arrière-pays varois, la plaine de l'Argens est l'une des plus fertiles d'Europe. Mais peu à peu, ses champs se couvrent d'entrepôts, de lieux de stockage et d'habitations sommaires », a déploré le président de la CR du Var.
Concrètement, ces détournements d'usage posent deux problèmes majeurs. D'une part, ils empêchent la valorisation agricole de ces terrains alors même que les terrains à potentiel agricole deviennent rares et d'autre part, ils altèrent le potentiel agronomique de ces terrains en les artificialisant. « Les communes et les élus ont un rôle à jouer dans ce dossier pour protéger ces terres fécondes et empêcher le détournement d'usage », a alerté Max Bauer.
De son côté, Christophe Campanelli a rappelé l'intérêt et l'urgence à créer de nouvelles Zones Agricoles Protégées (ZAP), au nombre de 12 dans le Var : « La ZAP est un outil foncier de sécurisation à long terme de la vocation agricole du sol ».
PRÉSENCE DU LOUP DANS LE VAR Puis, les membres du conseil d'administration et les adhérents de la CR83 ont évoqué l'expansion du loup sur le territoire. À l'issue du dernier comptage, le Var compte 21 Zones de Présence Permanente (ZPP) de Canislupus, dont 20 où se trouvent au moins une meute et une au statut incertain. « Le loup continue à coloniser le Var.
On a cinq nouvelles ZPP, deux à l'Est (Signanole, Tanneron) et trois dans les Maures dont une au nord de Hyères », a indiqué Max Bauer.

Pour faire baisser la pression sur les troupeaux, des tirs de prélèvement sont organisés. Depuis le début 2023, une dizaine de loups a été tuée par la brigade de l'OFB ou les lieutenants de louveterie. Ce nombre est jugé insuffisant : « Dans le Var, 173 attaques ont été recensées depuis janvier 2023, sur 326 ovins, 27 caprins et un chien de troupeau.
Il devient urgent de faire évoluer les méthodes de comptage et de mettre en place des mesures efficaces, notamment une simplification des tirs de défense ou encore l'octroi d'avances aux agriculteurs obligés d'investir dans des dispositifs de protection coûteux.
Je suis aussi très inquiet sur la présence du loup dans nos villes. Assez régulièrement, les médias nous en font part. Lors de la visite du ministre de l'Agriculture dans le Var, j'ai abordé ce sujet. Il est conscient que les solutions qui doivent être mises en place sont compliquées », a confié le président de la Coordination Rurale du Var.
Enfin, après avoir abordé les sujets préoccupants de l'accès à l'eau et de la prolifération du frelon asiatique, Max Bauer a évoqué le dossier de l'association Allô Agri qu'il a créé en 2020 : « Allô Agri est désormais reconnue d'intérêt général par l'administration fiscale en vertu de son caractère social et éducatif. Cette reconnaissance permet aux donateurs de bénéficier de déductions fiscales soit 66 % pour les particuliers et 60 % pour les entreprises » a-t-il conclu, avant de convier les invités à se retrouver autour du buffet.
Photos Alain BLANCHOT.