L'éclatante déclaration d'Alexandra Deman aux paysages méditerranéens
De la légèreté à l’intensité, d’un moyen d’expression à un autre, Alexandra Deman, artiste peintre, est accueillie à l’espace Nature des Vieux Salins du 17 au…
En réalité, c'est une imprégnation silencieuse qui passe sans la parole, car elle a regardé son père, Albert Deman, peindre pendant 30 ans. Il l'a encouragé lorsqu'elle a commencé à peindre des aquarelles, à l'âge de 16 ans, lesquelles ont pu être à la vente dans des galeries à La Rochelle. Mais ses études à Sciences-Po ont mis entre parenthèses sa passion de la peinture.
Alexandra Deman répond aux questions de La Gazette du Var. Vous avez besoin de déposer sur le papier ? Alexandra DEMAN.
J'avais un réel besoin d'expression alors j'ai écrit et co-écrit une cinquantaine de scénarios pour la télévision et le cinéma. Je me considère comme une enfant gâtée de la télévision sur cette période de ma vie. Je continuais à dessiner sur des petits carnets lors de mes voyages. Avec un amour irrésistible pour la mer ? AD.
J'ai presque appris à marcher sur une plage, en Vendée, puis j'ai passé mon enfance à La Rochelle, jusqu'à 18 ans. Ma chambre donnait sur la mer. Elle et moi, on se saluait tous les matins, elle était dans mon quotidien.
J'aime son énergie, son mouvement, sa lumière. Sa force, mais aussi sa douceur parfois, de fauve endormi. Elle représente aussi l'évasion, le départ, la découverte de l'ailleurs, de nouvelles histoires et aventures.
Elle incarne la liberté de l'artiste : mon désir. Finalement, vous êtes très sensible aux paysages de la Méditerranée ? AD.
J'avais un impératif celui de m'installer au bord de la mer. J'étais partie écrire sur l'île de Porquerolles et miracle, j'ai trouvé un lieu à Giens avec mon mari. Durant les travaux de rénovation, nous nous sommes installés à Toulon.
À ce moment-là, j'ai découvert que mes ancêtres maternels étaient Toulonnais depuis le 18ème siècle ! Vos oeuvres expriment aussi votre amour pour le Sud ? AD.
La peinture m'attendait dans cet endroit. J'ai, alors, repris les pinceaux. Dès lors, il m'a été impossible de les lâcher.
Le souffle d'une montagne tombant dans la mer, deux forces qui se rencontrent, en plus du ciel et du mistral. C'est fort, je le ressens physiquement. J'aime la nature, la flore, ses petites feuilles vernissées pour mieux résister à la chaleur et à l'évaporation.
J'aime la profusion des couleurs et cette lumière extraordinaire... Vous êtes une artiste inspirée ? AD.
Oui. Je suis sous l'influence, avec modestie, de tout le minimalisme des artistes chinois, japonais, comme Kimura, Katsushika Hokusai, Zao Wou-Ki ou encore français, comme Victor Hugo et ses lavis en tout petit format, et à l'opposé cette peintre, américaine, Joan Mitchell, qui peint sur des toiles de 2 mètres sur 3. Pour ma part, je ressens la même intensité...
Des peintres comme Monet, Matisse, Wolf Kahn me reviennent souvent à l'esprit au moment où je peins et bien entendu mon père, Albert Deman. Que retenez-vous de l'œuvre de votre père ? AD.
Un immense cadeau. La peinture de mon père est figurative et expressive. En revanche, nos peintures ne se ressemblent pas.
C'est un cadeau gigantesque, immense, c'est « mon école des Beaux-arts » à la maison. Je me surprends à avoir des gestes de mon père aussi. Je l'ai vu faire les gestes, c'est une chorégraphie.
Ce qui m'émeut c'est que parfois je fais un geste et je revois mon père faire ce geste. Pour vous, être peintre est un bonheur complet ? AD.
Ce sentiment de « c'est là où je dois être maintenant ». La peinture est une continuité de l'écriture, elle est toujours une écriture, c'est un moyen d'expression. Toute création est une écriture.
Mon travail de scénariste en arrière-plan est toujours là, mon savoir-faire. Tout ce que j'ai dû affronter, résoudre par les mots, est présent dans ma démarche picturale, les silences, les non-dits, le rythme. J'aime l'idée que dans un tableau ou un dessin, tout un univers est déjà présent.
La toile se suffit à elle-même. Laisser l'imaginaire de l'autre rencontrer le mien. J'ai vraiment la conscience que nous sommes deux face à mon dessin : qu'est-ce que je vois, qu'est-ce que je ressens ?
On a l'impression de l'existence d'un lien mystérieux ? AD.
Même si je demande aussi des conseils techniques à des amis peintres, je ne veux surtout pas briser ce lien magique, la transmission de mon père, avec des cours ou une rhétorique imposée, une sorte de mode d'emploi. Je suis une gourmande de couleurs ce qui ne m'empêche pas de travailler le monochrome. Je n'ai jamais pris un cours d'aquarelles, je veux m'accorder la liberté absolue de ne respecter aucune règle, c'est une volonté assumée.
L'aquarelle est une matière comme l'encre de chine, je mélange selon mon envie et mon intention, je me considère comme une peintre qui utilise de l'aquarelle ou de l'encre de Chine ou de l'acrylique sur toile mais je ne veux pas m'enfermer dans un standard. Pourquoi cette exposition aux Vieux Salins ? AD.
Les Vieux Salins sont un écrin magnifique pour présenter mon travail, dans une nature sublime et préservée où s'ébattent des centaines d'oiseaux et flamants roses. C'est une exposition personnelle, chaque artiste expose sur une période.