Jean-Pierre Ghiribelli, président de l'UMIH du Var, répond aux questions de La Gazette du Var.

Quels faits viennent confirmer que Sud Sainte Baume est en train de changer d'échelle ? Jean-Pierre GHIRIBELLI. Sud Sainte Baume franchit effectivement un cap. Ce développement s'explique par ses atouts naturels, culturels et économiques, mais, aussi par l'arrivée d'un projet majeur : la renaissance de l'île de Bendor.

C'est un tournant pour le territoire. La famille Ricard y engage des investissements considérables pour faire revivre l'héritage de Paul Ricard, ce visionnaire qui avait créé les îles des Embiez et de Bendor. Le projet prévoit 93 suites, plusieurs bars et restaurants, et une montée en gamme qui n'existait pas jusqu'ici.
Pour un territoire comme Sud Sainte Baume, c'est une transformation profonde : une capacité d'accueil haut de gamme, une attractivité renforcée et une visibilité nouvelle.
C'est précisément pour cela que j'ai souhaité mettre en lumière ce territoire, qui n'est pas encore suffisamment valorisé. Au-delà de ces investissements, quels sont les atouts qui font de Sud Sainte Baume un territoire si particulier ? JPG.
Nous avons ici un ensemble unique : un massif emblématique, des villages perchés, un littoral préservé, un vignoble reconnu, une gastronomie authentique. Les chiffres le confirment : près de 870 000 séjours, 6,2 millions de nuitées et 320 millions d'euros de consommation touristique. La satisfaction globale atteint 8,8 sur 10.
C'est un socle très solide.
Mais, malgré cela, nos atouts restent trop dispersés, parfois mal identifiés, et pas suffisamment mis en scène. Nous devons mieux structurer l'offre, renforcer la cohérence du récit territorial et gagner en visibilité, notamment à l'international.
La saisonnalité reste un défi majeur. Comment y remédier ? JPG.
Aujourd'hui, 40 % de la fréquentation se concentre sur juillet et août. C'est un déséquilibre qui fragilise les professionnels. Nous devons absolument développer une offre capable d'attirer des visiteurs au printemps, en automne et même en hiver.
Le territoire s'y prête parfaitement : randonnées, circuits VTT, événements culturels hors saison, valorisation de la forêt de la Sainte Baume, découverte du patrimoine, œnotourisme autour de l'AOC Bandol. Nous avons tous les ingrédients pour lisser la fréquentation et stabiliser l'activité économique.
L'offre d'hébergement doit-elle évoluer pour accompagner les ambitions du territoire ? JPG. C'est devenu indispensable.
Les visiteurs ne cherchent plus seulement un hébergement fonctionnel : ils veulent vivre une expérience, séjourner dans un lieu qui a une âme, qui raconte quelque chose. Cela peut passer par des écolodges, des cabanes perchées, des hébergements insolites ou même des structures troglodytes. Le territoire s'y prête parfaitement.
Mais cette évolution doit aller de pair avec une modernisation de l'existant et un vrai travail sur l'accessibilité, notamment pour les familles et les personnes à mobilité réduite. C'est une condition essentielle pour rester attractifs et répondre aux attentes d'aujourd'hui.
DES PROFESSIONNELS SOUS PRESSION Les professionnels du tourisme expriment de nombreuses difficultés. Quelles sont les plus préoccupantes ? JPG.
Les difficultés sont nombreuses : la hausse continue des coûts, la pénurie de main d'œuvre qualifiée, l'impossibilité de loger correctement les saisonniers, la complexité administrative, les exigences liées à la transition écologique, le poids du remboursement des PGE et la pression croissante de la concurrence numérique. L'ensemble de ces contraintes réduit la capacité des professionnels à investir, à innover et, pour certains, à maintenir leur activité dans des conditions sereines.
Comment l'UMIH compte-t-elle agir concrètement ? JPG. Notre rôle est de réunir tous les acteurs : élus de l'Agglomération et du Var, administrations, forces de l'ordre, organismes de formation, experts, banques et bien sûr les professionnels.
Nous devons confronter les points de vue, partager les constats et avancer vers des solutions concrètes. C'est ce travail collectif que nous allons poursuivre tout au long de 2026. Il faudra du temps d'écoute, du dialogue et une vraie mobilisation avec l'ensemble des acteurs.
Le tourisme doit redevenir un moteur solide de développement économique, d'emploi et de qualité de vie pour le territoire.
Vous restez confiant pour l'avenir de Sud Sainte Baume ? JPG. Sud Sainte Baume possède des atouts considérables et une identité affirmée.
Le territoire s'appuie sur une clientèle fidèle, française comme étrangère, dotée d'un pouvoir d'achat solide. Les professionnels sont mobilisés, les élus également, et l'on sent émerger une dynamique collective qui ne demande qu'à s'amplifier. Si nous parvenons à mieux structurer l'offre, à moderniser les infrastructures et à accompagner nos entreprises, Sud Sainte Baume s'imposera naturellement comme l'une des destinations majeures du sud de la France.
J'en suis convaincu. Nous avons les moyens d'y parvenir ensemble, et ce territoire le mérite pleinement.
Propos recueillis par Pierre BEGLIOMINI Photo Philippe OLIVIER.