États généraux de l’alimentation... mais pas de l’agriculture !
Alors que les États généraux de l’alimentation ont débuté, la Coordination Rurale est très inquiète de la tournure des discussions.

Et pour cause, les responsables de la crise agricole (présidents de coopératives, industries agroalimentaires, distribution...) sont aux manettes des ateliers et pas vraiment décidés à rompre avec le système actuel qui fonctionne... pour eux ! Les idées, qui ont pourtant montré leurs limites, sont ressassées et rien n’est fait pour ouvrir le débat. « Il nous est interdit de parler des prix mondiaux et du besoin de changer la PAC. La plupart des discussions s’orientent vers une solution unique déplorable : l’export... », Bernard Lannes, président de la CR.
DES ATELIERS MAL ORIENTES ?

Il est totalement aberrant et irresponsable de voir que l’un des trois axes retenus par l’atelier 2, en charge des synergies et des initiatives locales, est l’exportation ! Il en est de même pour l’atelier 6 qui traite de l’adaptation de la production aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs alors qu’il y a bien d’autres pistes intéressantes à explorer localement et nationalement, à commencer par la reconquête du marché intérieur, le rééquilibrage de la production, l’étiquetage, l’approvisionnement de la restauration collective et de toute l’alimentation hors domicile... L’ultralibéralisme de l’atelier visant à faire rayonner l’excellence du modèle alimentaire de la France (atelier 4) pose question puisque la France est loin d’être autosuffisante et importe à tour de bras des protéines végétales, de la viande, des fruits et des légumes.
UN COUT REEL DE PRODUCTION
Enfin, malgré les interventions du service des statistiques du ministère de l’Agriculture et de l’Office de la formation des prix et des marges (OFPM) qui avaient alerté sur le problème des prix agricoles trop bas, dans l’atelier 5, qui vise pourtant à rendre aux producteurs des prix plus rémunérateurs, il n’est plus question de trouver des solutions pour que les coûts de production des agriculteurs soient au moins couverts... La Coordination rurale rappelle que le prix payé aux producteurs doit être basé à partir d’un coût réel de production auquel il faut rajouter une juste rémunération.
Les premières réunions ne laissent malheureusement pas grand espoir à la Coordination Rurale de voir la situation des agriculteurs s’améliorer grâce aux EGA. Cependant, la CR reste déterminée à y faire entendre la voix des agriculteurs et continuera d’y présenter des propositions nouvelles et longuement réfléchies, jamais mises en place, et permettant surtout de redonner du revenu, de l’envie et des perspectives d’avenir aux jeunes pour qu’ils s’installent sereinement et dans la durée.
LES EGA EN PACA
Pour les États Généraux de l’Alimentation en PACA, la Coordination Rurale était représentée par Max Bauer et Tristan Arlaud lors de la première réunion. Il a été avancé la nécessité pour les exploitations agricoles d’être davantage compétitives... Toujours cette sacro-sainte course effrénée à la compétitivité alors que nous sommes poussés dans un marché ouvert aux quatre vents ! Et pour être compétitifs, il faut que les prix soient rémunérateurs ! Les bénéfices permettront alors de réaliser ou d’amortir les investissements, et le métier sera plus attractif pour les jeunes.
FINANCEMENT DES MESURES
Il a également été soulevé la problématique du financement des mesures agro écologiques. Le ministère de l’Agriculture ne doit pas être le seul à mettre la main à la poche, le ministère de l’Écologie doit aussi participer, d’autant qu’il en est parfois à l’initiative. Les atouts des produits régionaux et les nouveaux débouchés Il a été indiqué que, ces dernières années, le comportement des consommateurs a changé : ils demandent de la qualité, des produits locaux et certains seraient même prêts à payer plus cher pour mieux manger !
PETIT BEMOL...
Il est tout de même regrettable que les agriculteurs soient très peu représentés dans cet atelier où il y avait surtout des transformateurs et des représentants de la grande distribution. L’agriculture a été très peu abordée et il a été beaucoup question de l’étiquetage pour mettre en avant la qualité des produits. Pour la Coordination Rurale, il ne faut pas opposer les circuits courts aux circuits longs. Il faut que chacun joue le jeu et que tout le monde y trouve son compte. Il est important de préciser que toutes les personnes présentes autour de la table étaient d’accord sur le fait qu’il faut changer de modèle pour en finir avec la crise agricole. De mauvais choix stratégiques ont été mis en place qui a eu pour conséquence l’éloignement des consommateurs de nos produits français. Il faut se recentrer sur les consommateurs français avant d’envisager de partir à l’étranger.