26/07/2026

Arrêté ministériel

«Le NUTRI-SCORE est défavorable aux consommateurs».

RGPar Rédaction Gazette du VarJournaliste 29 novembre 2017 Lecture : 4 min
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«Le NUTRI-SCORE est défavorable aux consommateurs». Pourquoi NUTRI-SCORE va entraîner les consommateurs vers moins de transparence et de bon sens ?

Mardi 31 octobre, les ministères de la Santé, de l’Économie et de l’Agriculture ont signé l’arrêté portant sur le NUTRI-SCORE, dispositif d’étiquetage nutritionnel pour les produits alimentaires. Un dispositif ambitieux et novateur devant per- mettre une meilleure compréhension des infor- mations nutritionnelles pour le consommateur, et ce, en un clin d’œil. La démarche est louable mais la CR craint des dérives, tant elle connaît les motivations des industriels quand il s’agit d’informer les consommateurs.

L’EAU, REMEDE MIRACLE POUR PASSER DANS LE VERT Basé sur un système de points négatifs et posi- tifs permettant d’obtenir une note de A (vert) à E (rouge), le NUTRI-SCORE peut être facilement détourné de son objectif initial. Un exemple concret entre 3 jambons l’illustre parfaitement : JAMBON 1 DE CHARCUTERIE ARTISANALE* JAMBON 2 DE MARQUE NATIONALE ET LABEL- LISE BIO** JAMBON 3 DE MARQUE DISCOUNT*** Ingrédients : jambon frais de porc, sel, sucre, épices, conservateur : nitrite de sodium, nitrate de potassium, ascorbate de sodium. Ingrédients : Jambon frais de porc, sel, sucre, conservateur : nitrite de sodium, antioxydant : ascorbate de sodium.

Ingrédients : Jambon frais de porc 87 %, eau, sirop de glucose, sel, arômes, antioxydant : éry- thorbate de sodium, conservateur : nitrite de sodium. Dans ce cas précis, le distributeur de produit Discount se contente d’ajouter de l’eau dans son jambon pour améliorer son NUTRI-SCORE.

Il a également utilisé des additifs pour améliorer le goût (arômes et glucose) et l’aspect. Une pratique qui sera tout à fait acceptée, puisque les critères retenus dans l’évaluation sont uniquement nu- tritionnels, mais qui peut tromper le consomma- teur sur la qualité du produit. En effet, le jambon de porc de charcuterie artisanale, naturellement riche en gras, aura une note NUTRI-SCORE ne reflétant pas la qualité naturelle du produit.

Le constat est le même lorsque l’on compare le NUTRI-SCORE d’un jus de pomme pressé 100 % fruit (noté C) et une bouteille de Coca Cola Zéro (notée B). LA FAILLE DU NUTRI-SCORE Ici, le risque est que le regard du consomma- teur ne se pose que sur le NUTRI-SCORE et qu’il ne s’intéresse ni à l’origine du produit, ni à sa fabrication, ni aux ingrédients entrant dans sa composition.

Le problème des produits bruts : sucre, beurre, miel, huile d’olive, etc. Le NUTRI-SCORE a donc une faille de poids : il est défavorable aux pro- duits bruts !

Quel sera le comportement des consommateurs face aux mauvaises notes d’un bon nombre de produits bruts ? Que choisir entre un beurre traditionnel noté E et une matière grasse à tartiner à 20 % de matière grasse notée D ? Que choisir entre un morceau de sucre dans son café et un édulcorant mieux noté ? Ce constat inquiète la Coordination Rurale.

Ce dispositif novateur n’est-il pas en train de pous- ser les consommateurs vers l’achat de produits transformés – tellement transformés que le pro- duit ne ressemble plus à rien – et vers l’oubli de la qualité intrinsèque des produits ? Est-il normal d’inciter à choisir des produits de qualité avec lesquels il pourra cuisiner lui-même ? TRANSPARENCE ET TRAÇABILITE La CR réclame une transparence et une traça- bilité totale des aliments.

Ainsi, dans le cadre de l’atelier 8 des EGA, la Coordination Rurale propose aujourd’hui d’améliorer ce dispositif en y ajoutant d’autres paramètres : les aspects so- ciaux, environnementaux et sanitaires. Ce dispositif amélioré s’appuierait sur 2 outils, avec notamment la mise en place de picto- grammes lisibles et visibles s’appuyant sur 3 paramètres fondamentaux. • L’aspect social, prenant en compte une rému- nération juste des différents intermédiaires, les conditions de travail, la proximité avec les pro- ducteurs, etc.

• L’aspect environnemental et sanitaire, prenant en compte, les méthodes de production utilisées, le ou les pays d’origine, etc. • L’aspect nutritionnel qui s’appuierait sur la si- gnalétique NUTRI-SCORE.

Mise en place d’une banque de données (du type Open Food Facts) ultra complète permet- tant de connaître la traçabilité de l’exploitation au dernier transformateur. La base de données doit permettre de connaître les modifications et ajouts d’ingrédients au cours des différents in- termédiaire. Chaque produit, via son code-barre ou un QR-code, pourrait ainsi être consulté dans cette base, afin que le consommateur puisse avoir un regard sur la totalité du produit.

• (*) https://marché-de-galatée. net/produit/jambon-blanc-2-tranches (**) https://fr. openfoodfacts.

org/produit/3154230016496/le-bon- paris-bio-4-tranches-fines-herta (***) https://fr. openfoodfacts. jambon-de-paris-decouennedegraisse-