26/07/2026

Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »

Remarqué, notamment, pour sa veste rouge (la plus légère de mes vestes et comme le port de la veste est obligatoire à l’Assemblée Nationale, j’avais fait le…

GCPar Gilles CARVOYEURJournaliste 8 août 2018 Lecture : 4 min
Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »
Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »© La Gazette du Var
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Comment analysez-vous l’affaire Benalla ?

La gravité de la situation ne réside pas tant dans les actes de M. Benalla que dans ce qu’il a pu penser les accomplir impunément. Ils sont la traduction et la plus triviale des conséquences de la manière de présider d’Emmanuel Macron lequel s’enfonce dans une dérive présidentialiste, brutale et méprisante. Les obstructions répétées de la majorité LREM à l’exercice de ses droits par l’Assemblée Nationale, qui marquent une soumission inédite et grave à l’exécutif, les agissements de barbouzes de M. Benalla et les empiétements sur les prérogatives tant du Premier Ministre que du gouvernement traduisent à leurs niveaux respectifs les trahisons infligées à la Constitution, dans son esprit comme dans sa lettre. Tout cela, loin de la réhabiliter, dégrade la fonction présidentielle. Le fonctionnement démocratique de nos institutions est menacé et celui de l’État dans des missions régaliennes également. En effet, les institutions policières comme la justice, à laquelle, sans la révélation médiatique, la présidence a voulu soustraire M. Benalla, sortiront affaiblies de cet épisode.

Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »

Votre jugement est particulièrement grave ?

Où est la République irréprochable d’Emmanuel Macron alors que des violences sont commises par l’un de ses proches collaborateurs ? Qui est vraiment Alexandre Benalla, mandaté par l’Élysée pour “observer“ les défilés du 1er mai et qui, avec des attributs de police, passe à tabac un manifestant devant les CRS ? Emmanuel Macron a couvert Alexandre Benalla ! Pourquoi ? Qui sont ces gens de l’Élysée ? L’autoritarisme n’a-t-il plus de limites ? Je suis membre de la commission d’enquête parlementaire et je ferai tout pour connaître la vérité.

Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »

Justement, pensez-vous, un jour, connaître la vérité dans cette affaire ?

Jean-Louis Masson : « La vérité aura du mal à émerger »

La responsabilité de la Présidence de la République aura du mal à émerger. On peut simplement émettre l’hypothèse qu’il existait un service de police privé à l’Élysée. Mais, grâce à l’intervention des médias, ce service est, L’intervention de M. Benalla dans les plus hautes sphères de l’État finissait par exaspérer les policiers et les gendarmes du GSPR. Chacun se demandait comment, à 25 ans, cet homme pouvait donner des instructions à des Inspecteurs Généraux de la police nationale ! Cette situation, voulue par le Chef de l’État, s’est traduite par les faits que l’on connaît aujourd’hui et la remise en cause de certaines libertés publiques. maintenant, totalement

Estimez-vous que M. Benalla a été suffisamment sanctionné ?

Je ne le crois pas. Je note que si cela avait été un policier ou un gendarme qui avait commis de tels actes, il aurait été immédiatement et lourdement sanctionné et peut-être même renvoyé de la police. Mais, la commission d’enquête a permis de révéler que les policiers étaient incapables de le maîtriser du fait de sa fonction à l’Élysée.

Quelles conclusions tirez-vous des auditions devant la commission d’enquête ?

Au-delà des faits qui sont établis, je constate un tissu de mensonges de l’État pour protéger une dérive inacceptable. D’abord, on a cherché à minimiser le rôle de M. Benalla au sein de l’équipe présidentielle. On a prétendu qu’il avait été sanctionné de 15 jours de mise à pied, sans retenue de salaire, ce qui est faux. On nous a expliqué que la retenue de salaire se ferait finalement sur son reliquat de congés, compte tenu de son licenciement. Mais, comment pouvait-on prévoir, le 2 mai, que M. Benalla serait licencié le 19 juillet ? On nous a dit que c’était la police qui l’avait invité sur la manifestation, ce qui est absolument faux ! C’est M. Benalla qui a demandé à participer à cette manifestation du 1er mai. Cette participation a été autorisée sans en informer le préfet de police de Paris. On a aussi appris qu’après deux refus du ministère de l’Intérieur pour obtenir un port d’arme, M. Benalla a finalement obtenu un port d’arme par la préfecture de police mais que rien ne justifiait qu’on lui accorde ce port d’arme puisque la sécurité rapprochée du Président est assurée par les policiers et les gendarmes du GSPR. Je peux vous dire que les gendarmes ont très mal vécu le passage de M. Benalla. Enfin, on a découvert qu’à l’âge de 25 ans, il avait obtenu le grade de lieutenant-colonel de gendarmerie dans un corps spécialisé alors qu’il ne remplissait, assurément pas, les conditions pour obtenir ce grade qui, actuellement, n’est accordé qu’à 77 personnes, des officiers de réserve qui ont des compétences particulières (chimiste, médecin-légiste, etc.). M. Benalla n’a aucune compétence pour obtenir ce grade. Sa seule compétence, c’est sa proximité avec Emmanuel Macron !

Le groupe LR de l’Assemblée Nationale a décidé de déposer une motion de censure. Elle n’a été pas votée. À quoi sert-elle ?

La réforme constitutionnelle, voulue par Emmanuel Macron, prévoit d’amoindrir le rôle du Parlement. Si je ne suis pas favorable à un rôle trop important du Parlement, car j’estime que nous faisons trop de lois, je ne suis pas favorable, également, à une forme de présidientialité, avec toutes les outrances et les dérives qu’elle permettrait. Je suis pour un système équilibré, conforme aux institutions de la 5ème République dans lequel c’est le Premier Ministre qui gouverne et qui est responsable devant le Parlement comme il est écrit dans l’article 20 de la Constitution.

Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR