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Jean-Louis Masson, député du Var : « La France a le bonnet d’âne de la zone euro »

18 mois après l’élection d’Emmanuel Macron, Jean-Louis Masson, député de la 3ème circonscription et président de la fédération LR du Var, fait le point sur la…

GCPar Gilles CARVOYEURJournaliste 28 novembre 2018 Lecture : 7 min
Jean-Louis Masson, député du Var : « La France a le bonnet d’âne de la zone euro »
Jean-Louis Masson, député du Var : « La France a le bonnet d’âne de la zone euro »© La Gazette du Var
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18 mois après l'élection d'Emmanuel Macron, Jean-Louis Masson, député de la 3ème circonscription et président de la fédération LR du Var, fait le point sur la situation de la France et du Var. Il répond aux questions de La Gazette du Var. Un mot sur votre élection à la tête des LR 83.

Comment se porte votre parti ? Jean-Louis MASSON : Il faut se rappeler la défaite de 2017 aux élections présidentielles et législatives. Pour la 1ère fois depuis 1958, le candidat de notre famille de pensée n'était pas au second tour.

Emmanuel Macron était élu contre Marine Le Pen. Il nous expliquait qu'il incarnait un nouveau monde et choisissait l'un des nôtres comme 1er ministre. Notre parti était menacé d'éclatement, voire de disparition.

Nous avons alors touché le fond. Quand on osait émettre l'ombre d'un doute sur l'extraordinaire réussite promise par le nouveau président, on subissait immédiatement les pires opprobres. Aujourd'hui, les Républicains sont de nouveau audibles, demain ils seront entendus.

Jean-Louis Masson, député du Var : « La France a le bonnet d’âne de la zone euro »

Votre parti est-il divisé ? JLM. Je vous réponds non.

Il y a des diviseurs qui courent derrière des postes ministériels, vous voulez des noms ? Mais il n'y a pas de divisions. À l'Assemblée et au Sénat, les groupes sont unis.

Ils apportent une critique à Emmanuel Macron et font sur chaque texte des propositions intéressantes qui sont malheureusement écartées avec arrogance. LR est aujourd'hui le 1er parti d'opposition et le seul pouvant incarner une alternative crédible.

18 mois après son élection, quel regard portez-vous sur le bilan d'Emmanuel Macron ? JLM. Emmanuel Macron tombe et, pour notre pays, je ne m'en réjouis pas.

Sa popularité est en berne, non pas en raison de communications manquées, non pas en raison de telle ou telle phrase, non pas en raison de ses postures. Il chute parce qu'il n'a pas traité les vrais problèmes que les français voulaient voir traiter à l'occasion de ce bing bang politique. Au bout d'un an et demi, ils ne s'attendaient pas à ce que tout soit métamorphosé, ils s'attendaient juste à ce que les choses aillent dans la bonne direction.

Et ce n'est pas le cas ? Les choses ne vont pas dans le bon sens ? Vous n'approuvez pas la loi sur la moralisation de la vie publique, la réforme de la SNCF ou la suppression de la taxe d'habitation ?

JLM. Il a fait des choses, il serait absurde de le contester mais rien de ce qui est central pour le pays. Aucun des exemples que vous donnez ne changent le quotidien des français.

Même la suppression progressive de la taxe d'habitation pour 80% des ménages n'a pas d'impact sur le pouvoir d'achat puisque cette baisse est compensée de l'augmentation de multiples taxes.

Selon vous, qu'est-ce qui est central alors ? JLM. Il y a plusieurs questions centrales.

Tout d'abord, il n'y a aucune maîtrise des dépenses publiques. La France a le bonnet d'âne de la zone euro pour les dépenses publiques avec 56,5% du PIB. Vous connaissez les conséquences : endettement, matraquage fiscal, ralentissement économique, chômage.

Deuxièmement, notre mode de vie ! Est-ce que nous allons devoir renoncer à notre mode de vie ? C'est l'épineux problème de l'immigration de masse.

Les français n'acceptent plus que, petit à petit, contrairement à toutes les traditions de l'intégration qui ont été les nôtres, ce soit celui qui vient de l'extérieur qui nous demande de nous adapter, au lieu que ce soit celui qui vient de l'extérieur qui s'adapte.

Ensuite, le pouvoir d'achat. Il est en baisse, selon le président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale, et notamment pour les retraités (hausse de la CSG, non-indexation des retraites sur l'évolution du coût de la vie) et les familles (non-indexation des prestations). À part les premiers de cordée, les autres sont à la peine.

Je pense à ceux qui sont au milieu. Ce sont ceux qui paient tout et qui n'ont rien en retour. Sans oublier l'abandon des territoires, lesquels se sentent méprisés : Baisses des dotations, contraintes de gestion, hausse des coûts...

Non, Monsieur le Président, ce ne sont pas les collectivités locales qui sont mal gérées, c'est l'État que vous incarnez. Donnez donc l'exemple avant de faire la leçon aux autres.

Et je ne vous parle pas de l'écologie. C'est une poli- tique indigente qui a valu le départ retentissant de Nico- las Hulot. Pour Emmanuel Macron, l'écologie ne sert que de prétexte pour pré- lever toujours plus de taxes.

Une écologie punitive qui ne propose rien ou bien peu de choses. Nous défendons une écologie qui marche, qui transmette, une écologie qui repose sur une approche scientifique, une écologie de progrès.

Que font les Républicains dans tout ça ? JLM. Emmanuel Macron abîme la France car il la clive.

Il oppose ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, les "start-uppers" et les ouvriers de nos usines, les retraités et les actifs, les métropoles et les territoires, les premiers de cordées et les autres, l'ancien monde et le nouveau. Vous ne construisez pas la France de demain quand vous fracturez. Vous ne construisez pas la France de demain quand vous n'avez pas compris cette leçon intime que nous a léguée Jacques Chirac : il faut réconcilier.

La droite doit sonner le réveil de la France. Notre responsabilité est immense car c'est à nous aujourd'hui d'apporter une vision et un espoir aux français.

Vous êtes intervenu auprès de la ministre de la justice ? JLM. En effet, il y a deux ans, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas parlait de « clochardisation » de la justice française.

Le rapport de la Commission Européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ) publié il y a quelques semaines vient malheureusement de confirmer ce diagnostic. La France consacre moins de 66 € par habitant pour sa justice. C'est beaucoup moins que dans des pays équivalents, l'Allemagne, par exemple, qui y consacre 3 fois plus avec 122 € par habitant.

Nous prenons acte que le budget augmente de près de 4,5 % pour atteindre 7,291 milliards d'euros en crédits de paiement. Cela va dans le bon sens mais demeure insuffisant.

Certes et en volume, le projet d'augmentation de cette mission régalienne se chiffre à 300 millions pour 2019. Si on y ajoute les 260 de l'année dernière, cela fera 560 millions sur 2 exercices budgétaires. Cela étant, je propose de mettre cette somme en perspective avec un autre chiffre, celui de la dépense publique.

Sur les 2 mêmes exercices, elle va s'accroître de 42 milliards. Si vous faites une règle de 3, vous observerez que l'augmentation du budget de la justice ne représente que 0,013% de l'augmentation de la dépense publique sur la même période. Non, ce budget ne comble pas le retard accumulé et, partant, l'immense retard de cette fonction essentielle.

Ce budget ne permettra pas de décoller de la toute fin du peloton européen en la matière. Peu glorieux pour la patrie des droits de l'homme.

Vous vous êtes également inquiété de l'agression d'un policier de Toulon ? JLM. En effet, j'ai attiré l'attention du ministre de l'intérieur sur l'insupportable agression dont a été victime un policier de la Brigade anti- criminalité (BAC) de Toulon devant son domicile.

Depuis dix-huit mois, de nombreux maires de la métropole toulonnaise n'ont de cesse d'alerter le Gouvernement et le ministère de l'intérieur sur l'insécurité grandissante et le manque de moyens criant, tant humains que matériels, dont souffrent nos forces de sécurité dans leurs communes. Ces maires, loin de rester inactifs continuent d'accentuer leurs partenariats avec les forces de police nationale ainsi que leurs efforts, notamment par le développement de leurs polices municipales. Cependant, ces dernières ne peuvent en aucun cas se substituer à l'État dans l'exercice de ses compétences régaliennes.

Elles n'en n'ont d'ailleurs pas les prérogatives. C'est pourquoi, je lui ai demandé de m'indiquer les moyens supplémentaires indispensables pour assurer dans les meilleures conditions possibles leurs missions régaliennes de sécurité au service de nos concitoyens qu'il souhaite attribuer à la police nationale.

Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR