La parlementaire varoise répond aux questions de La Gazette du Var.

Quel regard portez-vous sur les manifestations du 8 décembre ?
Avant toute chose, je tenais à appeler les manifestants au calme et au dialogue. Si manifester est un droit plein et entier chacun doit pouvoir s’exprimer dans des conditions apaisées et en toute sécurité. Je salue, à ce titre, l’initiative conjointe de l’Association des Maires Ruraux de France et l’association des Petites Villes de France qui ont invité nos élus à participer à l’opération « Mairie ouverte », le samedi 8 décembre. Il est temps pour nous de passer de la colère à l’engagement pour construire ensemble la France que nous souhaitons. Quant aux décisions du gouvernement, je pense qu’elles vont dans le bon sens. Les français ont exprimé fermement leur désarroi et je sais qu’ils ont été entendus.

Comment voyez-vous la suite des événements ?
Aujourd’hui s’ouvre une période de dialogue de 3 mois durant laquelle nous, élus et représentants des citoyens, allons consulter les français pour co-construire les aménagements nécessaires aux bien-être de nos concitoyens. Les gilets jaunes, ne sont pas des casseurs. Ceux-là, je les laisse de côté, à leur désir de chaos et à leur petite récupération politique. Les gilets jaunes ont besoin d’être entendus et ceux que j’ai déjà rencontré me le disent : ce n’est pas Emmanuel Macron le problème, ce sont ces 30 dernières années d’immobilisme qui les mettent en colère. Je le comprends et l’entends. Nous souhaitons, nous aussi, réformer le pays et nous avons besoin d’être unis pour cela. Alors oui, la taxe sur le gas-oil était sans doute la goutte d’eau, mais nous l’avons compris. A titre d’exemple, nous avons interrogé le gouvernement afin qu’il revoie l’« exit taxe » afin que cela soit plus simple, plus facile à contrôler et que cela rapporte plus de fonds à l’État. Ainsi, c’est près de 2 milliards qui pourront être collectés, soit le financement de la moitié du coût de l’abandon des taxes annoncé par Édouard Philippe. Nous cherchons des gilets jaunes, partout sur le territoire, les violences, toujours présentes et regrettables, persistent. Néanmoins, elles étaient moins intenses que les semaines passées et, certains médias y ont vu un signe d’apaisement. A mes yeux, ce n’est pas une raison pour se féliciter. Le déploiement des forces de l’ordre et les déclarations de notre gouvernement ont permis de raisonner une partie des représentants des gilets jaunes. Mais, cela ne saurait suffire. Je sais que les excès ne sont pas le fait des citoyens, en demande d’écoute, mais bien de groupes d’ultra de toutes sortes qui n’ont que très peu à faire du travail d’écoute et de dialogue que nous appliquons sur le terrain depuis trois semaines, mes collègues et moi-même. Le gouvernement, garant de la sécurité de chacun d’entre-nous, a pris acte des attentes de nos concitoyens mais, a, aussi, pris la mesure du danger que représentent les nombreux débordements de ces derniers jours, et a agi en conséquence et de façon responsable.
Après cet Acte 4, quels sont vos souhaits ?
Que cessent les violences et que nous mettions à profit ces trois mois de concertation qui commencent maintenant. Je serai là aux côtés des Français et de mes élus dans ma circonscription pour faciliter cette refondation et la soutenir auprès de notre gouvernement. Aujourd’hui, j’en appelle au calme et à la préservation des personnes et de leurs biens. Construire, ce n’est pas détruire !
De blocage ?
Nous allons examiner le Projet de Loi Fiscal 2019. C’est le moment. Je pense qu’il faut en profiter pour faire un certain nombre d’arbitrages. Par exemple, nous avons voté l’exonération de charges pour le travail saisonnier, contre l’avis du gouvernement.
Et, en ce qui concerne la transition énergétique ?
La transition écologique et solidaire est une loi importante car elle touche de nombreux foyers à travers l’isolation des bâtiments. Certes, ce n’est pas forcément cela qui va sauver le monde ou la planète. Mais, on ne peut accepter que des logements soient des vraies passoires thermiques. Cette mesure va concerner les logements sociaux parce que les investissements dans ce secteur n’ont jamais été fait.
Un autre exemple ?
Effectivement, cela concerne la prime pour les véhicules d’occasion. Actuellement, elle reste inaccessible à de nombreux ménages car ils n’ont pas d’argent pour acheter une nouvelle voiture, même d’occasion. Il faut mettre les banques à contribution, d’autant que le montant de 4 000 € de la prime peut mettre plusieurs mois pour être versé aux bénéficiaires. Il faut que les banques, voire la CAF puissent être mis dans la boucle.
Comment se fait-il que ces mesures ne calment pas les Français qui sont dans la rue ?
C’est une question de lisibilité. Aujourd’hui, la mise en œuvre de la transition énergétique est le fait de technocrates ou de communicants qui, à mes yeux, sont déconnectés du terrain. Pour réussir la transition énergétique, il faut des gens de terrain.
Avotre avis, cela peut être une réponse suffisante à la colère des gilets jaunes ?
Pas forcément ! Je pense que les parlementaires doivent montrer l’exemple, même si les sommes en cause sont anecdotiques. Il faut envisager la suppression d’avantages qui ne correspondent plus à une réalité de situation comme les secrétaires ou les gardes du corps affectés à d’anciennes personnalités politiques. Des choses ont déjà été faites comme la suppression de la prise en charge des frais d’obsèques des députés, l’intégration au régime général de la sécurité sociale, la transformation de l’indemnité de parlementaire en note de frais remboursables sur justificatifs.
Vous êtes donc prête à écouter les revendications des gilets jaunes ?
Les gilets jaunes ont des choses à dire. Les prochaines semaines vont être cruciales. Il existe une vraie souffrance. Il faut les écouter et les entendre.
Où en êtes-vous sur le dossier de la maternité de Gassin ?
Sur ce sujet, les voyants sont plutôt au vert. Nous avons obtenu de l’ARS, avec Vincent Morisse, le maire de Sainte-Maxime, le maintien de l’exploitation pour 3 ans. Mais, l’hôpital reste confronté à un manque de praticiens, notamment en ce qui concerne en chirurgie cancérologique et obstétricienne. La plupart des malades se font soigner à Marseille. Le golfe de Saint-Tropez souffre de la cherté de la vie, ce qui est un frein à l’installation de médecins car leurs épouses ne souhaitent pas venir dans le golfe.
Sur un plan économique, vous avez soutenu des initiatives contre le chômage...
En effet. Je suis associée au plan « Un territoire, zéro chômeur de longue durée ». Cela concerne une action de l’État qui permet à un chômeur de longue durée de se réinsérer dans le travail en créant une entreprise à but d’emploi. Ce programme s’adresse aux chômeurs de longue durée et est géré par des chômeurs de longue durée. Et, cela marche ! Nous allons passer de 10 territoires en France à 50.
Propos recueillis par Gilles CARVOYEUR