26/07/2026

L’homme seul, en tête à tête avec le public

Le 13 mai, Fred Guittet a livré un seul-en-scène poignant sur la vie d'un SDF, Pilo, place de l’horloge.

LRPar La RédactionJournaliste 6 juillet 2026 Lecture : 2 min
L’homme seul, en tête à tête avec le public
L’homme seul, en tête à tête avec le public© La Gazette du Var
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Le public était au rendez-vous le 13 mai, place de l’horloge, pour un moment de théâtre et d’humanité, suspendu et émouvant.

Un seul-en-scène puissant, tissé de réels moments de vie, magnifié par le jeu au scalpel de Fred Guittet. L’histoire ? Celle de Pilo, SDF, prêt à livrer sa vie, depuis le banc sur lequel il s’est endormi, entre deux pauses, entre deux villes.

Plus d’une heure de témoignages partagés d’une voix rauque et rugueuse qui happe les spectateurs, silencieux et presque recueillis, à quelques mètres du comédien saisissant de vérité.

Une vérité construite sur la base de témoignages de personnes rencontrées par le metteur en scène Seb Lanz lors de maraudes dans les rues de Lyon. Une vérité qui n’est pas sans rappeler la figure de Saint-François d’Assise, notamment dans Le Très Bas de Christian Bobin, qui a inspiré les hommes de théâtre. Ces derniers ont voulu magnifier ce dépouillement qui n’empêche pas la philosophie, bien au contraire.

ACCIDENT DE LA VIE

Cet accident de la vie est assumé avec une volonté farouche de donner de la noblesse à une existence cabossée, de venir chercher les autres dans leurs projections biaisées. Un cri du cœur qui donne la parole à ces déshérités trop souvent laissés à la marge, anonymisés, condamnés au silence.

C’est ainsi que le résume la troupe : « Cette pièce est née d’un regard bienveillant et ça se sent. Pas de misérabilisme mais beaucoup de tendresse ».

À l’issue de la représentation, Fred Guittet confirme : « En tant que quêteur de témoignages, je me suis inspiré de la noblesse de certains, comme Samir, à Avignon, démuni mais très digne, très élégant. L’idée est de convertir la violence impitoyable de la rue en une poésie qui rappelle l’importance d’écouter, de se poser ensemble. Une heure pour une vie c’est peu mais ça peut beaucoup ».

SAVEUR PARTICULIERE

Cette proposition originale se retrouve dans la forme même du seul-en-scène, pensé comme une occasion d’itinérance et de partage, en miroir de l’itinérance des mendiants magnifiés et mis en lumière dans le texte.

Hébergement chez l’habitant, accueil par des compagnies de théâtre locales qui s’occupent de trouver un lieu, participation libre, autant d’aspects qui poursuivent l’expérience vécue et lui donnent une saveur particulière.

La volonté est de laisser un parfum tenace, de déborder le seul périmètre d’un seul-en-scène, d’une posture confortable de spectateur, pour entraîner une réflexion durable.

La sortie de scène finale de Pilo, brutale et sans effet d’annonces, a saisi les spectateurs qui ont mis quelques instants à applaudir, comme désarçonnés. Cette émotion a été traduite par plusieurs d’entre eux lors du temps d’échange organisé à l’issue.

Dans ses habits de ville, Fred Guittet s’amusait de cette zone de flottement propice aux débats avec le SDF tout près, à quelques centimètres parfois, qui revient en acteur à portée de main. Même voix, posture autre.

Un homme seul au milieu d’autres, comme un appel à briser des solitudes, à tendre la main.

Photo PRESSE AGENCE.