Par Bernard BERTUCCCO VAN DAMME
Macron a été parmi les premiers à féliciter l'homme fort de Turquie. Il estime que nos pays ont d'immenses défis à relever ensemble.
La politique étrangère turque
En effet, la France devrait s'opposer à l'influence turque ottomane autour du bassin méditerranéen. Elle doit honorer sa parole en faveur des Kurdes et des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) qui ont combattu contre l'État islamique en Syrie.
La politique étrangère de la Turquie est un impérialisme néo-ottoman. Cette nouvelle place sur l'échiquier international, alors que les sondages sont au plus bas pour le président turc et l'AK Parti, lui permet de masquer les difficultés qu'ils rencontrent dans leur pays.
L'économie du pays est moribonde.
Avec plus de 80 % d'inflation, l'annonce de sa réélection a fait chuter la livre turque à 0,046 €.
Ce maintien entraîne la politique intérieure vers un système autoritaire et impérialiste. Le régime reste pseudo-démocratique, marqué par des atteintes à la liberté d'expression, l'interdiction des activités politiques et la répression des membres des oppositions.
La Turquie, hub gazier et acteur géopolitique
D'un autre côté, la Turquie ambitionne de devenir un hub gazier aux portes de l'Europe. Après l'opportunité offerte par Vladimir Poutine de créer en Turquie un hub pour l'acheminement du gaz russe, Recep Tayyip Erdogan n'a pas attendu pour entreprendre ce projet avec la Russie.
Après l'arrêt des gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l'Allemagne sous la Baltique, Moscou a proposé cette opportunité à Ankara pour trouver des issues pour son gaz. Pour soutenir leur monnaie, 25 % de la livraison sera payé en roubles.
Les gazoducs Turkstream et Bluestream permettent à la Russie d'exporter plus d'une trentaine de milliards de mètres cubes de gaz à la Turquie. Ankara cherche ainsi à s'imposer comme interlocuteur incontournable, face aux gisements du Proche-Orient et du marché européen.
Le positionnement de la Turquie est inquiétant, compte tenu du double jeu qu'elle conduit comme médiateur dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine. Des tensions importantes et des situations de guerre existent aux frontières du pays. L'île de Chypre est, en partie, occupée par les troupes turques depuis 1974.
La Turquie mène des prospections illégales dans les eaux nationales grecques ou chypriotes. Elle est intervenue militairement dans le nord de la Syrie et contre des groupes kurdes réfugiés dans le nord de l'Irak.
En 2020, la Russie, embourbée dans son conflit avec l'Ukraine, ne garantit pas ses engagements vis-à-vis de l'Arménie.
Dans ce contexte délicat, la France se doit d'assurer son soutien et sa solidarité à l'Arménie, provoquée par l'Azerbaïdjan et la Turquie. Elle doit aussi soutenir Chypre et la Grèce, amis et alliés, face à leurs mésententes avec la Turquie concernant des problèmes territoriaux et migratoires.
Enfin, en Europe, la Turquie multiplie les ingérences dans les pays où résident des minorités turques importantes, dont la France. Elle combat les opposants réfugiés et veut peser électoralement. Le Gouvernement français devrait s'opposer à ces ingérences politiques et religieuses, visant des Français, des Turcs ou des binationaux. Mais, il ne le fait pas.
La Gazette du Var — La Rédaction