26/07/2026

Gil Bernardi : « Serions-nous capables de mourir pour Kiev » ?

Après deux ans de conflit à nos portes, sommes-nous toujours convaincus qu’il faut nous garder d’humilier la Russie ?

RGPar Rédaction Gazette du VarJournaliste 25 juin 2024 Lecture : 5 min
Gil Bernardi : « Serions-nous capables de mourir pour Kiev » ?
Gil Bernardi : « Serions-nous capables de mourir pour Kiev » ?© La Gazette du Var
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Fatale crédulité en l'angélisme du démon qui développait à marche forcée sa marine de guerre, son industrie d'armement et ses missiles supersoniques tout en renforçant son arsenal d'alliances avec les Mollahs ou la Corée du Nord, La Chine et l'Inde.

Tout comme Hitler avait pris soin de signer un pacte germano-soviétique lui évitant – dans un premier temps – d'envisager un second front à l'Est. Il avait tissé son « Pacte d'Acier », sa toile d'Alliances avec Mussolini, l'Empire du Soleil levant et poussé ses entreprises de désinformation jusque dans nos Palais. Alors que nos gouvernements s'entêtaient depuis 40 ans à réduire nos forces et nos armements.

Gil Bernardi : « Serions-nous capables de mourir pour Kiev » ?

Qu'il est dur ce réveil des « grandes puissances moyennes », tout d'un coup confrontées aux règles onusiennes qui n'opèrent plus, à des jeux d'alliances jetées aux orties. À des provocations restées sans réponse, comme la convention Kasprzycki - Gamelin, signée à Paris le 19 mai 1939, était restée en sommeil dans les coffres du Quai d'Orsay. LOI DU PLUS FORT « Nous sommes en guerre » avait claironné le président de la République, lors de la crise sanitaire.

Révélant du même coup l'état d'impréparation et de dépendance de notre Nation, sur un autre registre. La mondialisation nous revient en pleine figure comme des doctrines stratégiques devenues soudain obsolètes.

Les règles ont changé. La loi du plus fort a prévalu sur celles du droit international. Faut-il alors blâmer le Chef de l'État d'envisager l'envoi de troupes au sol pour défendre l'Ukraine, alors que nos soldats sont déjà discrètement affairés à protéger le ciel Balte, et cantonnés près de la Mer noire.

Ou bien est-il déjà trop tard pour enrayer l'effondrement des armées ukrainiennes que les stratèges prophétisent pour septembre ? Pour enfin comprendre que ce qui se joue là-bas, c'est déjà notre destin ici. En d'autres termes, s'il le fallait, serions-nous capables de mourir pour Kiev comme nos anciens ont renoncé à le faire pour Dantzig ? (...)

Des dizaines de millions de vies eussent été épargnées, hier. Combien de centaines de millions sont-elles en jeu, aujourd'hui ? Oui, les mêmes causes risquent de produire, hélas, les mêmes effets.

Et faute d'avoir enrayé l'appétit de l'ogre, dissuadé les premiers pas de la Tyrannie, le prix à payer sera bien plus lourd après les reculades des démocraties impuissantes. Ne menace-t-on pas déjà sur les télévisions russes, de rayer Londres et Paris de la carte, si elles continuent d'épauler Kiev ? Et nous en sommes encore à disserter sur les vertus d'éviter une cobelligérance directe.

« On peut toujours faire un bout de chemin avec le diable, dit le proverbe, le temps de franchir le pont ». À moins que tous les ponts n'aient déjà été franchis par ce démon (...) IMPUISSANCE DES DIPLOMATIES Une évidence s'impose : après deux ans de conflit à nos portes, c'est bien de la destinée du Vieux Continent tout entier, dont il est question.

Car le démon ne s'arrête que lorsqu'on le foudroie. L'engrenage des mécaniques mortifères, l'impuissance des diplomaties, la résurgence du National-populisme, l'affermissement des anciens blocs reconstitués...

avec la confrontation directe de l'OTAN – renforcée par la Finlande et la Suède qui la porte à 32 pays, n'est pas forcément gage de stabilité. Notamment au regard de l'Article 5 du traité de l'Atlantique Nord. Et l'on en vient à regretter les anciens murs abolis !

(...) Lorsque sera venu le temps d'établir les responsabilités de ce qui se prépare, et qui nous l'espérons tous, sera évité, quels comptes seront demandés aux dirigeants d'aujourd'hui ?

Les générations suivantes sauront-elles exiger des sanctions de la Cour Pénale Internationale pour les crimes de Boutcha, comme Paris et Nuremberg en ont requis pour Oradour ou pour la Shoah ? Pourront-elles punir les exactions commises à Marioupol ou dans le Donbass ? Les viols, les exécutions sommaires, les villes rasées...

Les déportations de milliers d'enfants ukrainiens adoptés de force seront-elles qualifiées de crimes contre l'humanité ? Les massacres de la population civile qualifiés de génocidaires seront-ils comptabilisés comme « pertes et profits » au banc de l'histoire ? Tant de questions qui s'imposent à nous, douloureuses dans nos consciences, lourdes pour notre avenir, comme celle de n'avoir su ou pu arrêter les premiers pas de défiance, alors qu'il était encore temps (...)

EUROPE CONTESTÉE Et cet autre début de réponse apporté par le président de la République, lors de son discours à la Sorbonne : « L'Europe peut mourir d'elle-même ».

Avec le risque immense d'être fragilisée, voire reléguée. L'Europe, en situation d'encerclement, face aux grandes puissances régionales. L'Europe de plus en plus contestée dans ses valeurs de Démocratie Libérale, qui aurait tout intérêt à se faire respecter, à assurer sa sécurité en se dotant d'un bouclier anti-missile, en renforçant son industrie de défense, en optant pour un concept stratégique de dissuasion européenne crédible (...)

Quelles que soient les exigences du réalisme qui s'impose, les difficultés du moment et les craintes qui hypothèquent la sécurité de notre grand pays et de notre peuple, il n'est qu'une seule voie qui s'ouvre à nous tous : celle de la responsabilité.

D'une responsabilité face à l'héritage de la Victoire du 8 mai 1945. D'une responsabilité face aux générations montantes qui ne doivent pas connaître les affres de la guerre, ni la peur que nous a inspirée, enfants, « l'Escalade de la Terreur ». D'une responsabilité qui nous commande de rester unis et forts de cette union sacrée face aux défis hors normes de ce début de 21ème siècle.

Unis pour célébrer les grandes victoires de nos libérateurs sur l'Empire du mal. Unis pour faire échec aux mêmes spirales, aux mêmes emballements, aux mêmes escalades vers la guerre. Dont personne ne veut.

Unis pour affronter l'avenir dans un pays libre, et d'autant plus libre qu'il sera fort et craint, respecté et solidaire avec ceux qui ont embrassé, avec lui, le même idéal. N'est-il pas trop tard ?

Il n'est jamais trop tard pour le sursaut. Pour emprunter, les « chemins difficiles » dont Charles de Gaulle décrivait dans ses Mémoires d'espoir que « ce sont généralement les moins encombrés ». « Qu'on ne s'y bouscule pas ».

« Le caractère, vertu des temps difficiles », c'est celui de la France. C'est le nôtre. Et cette fierté, celle du 8 mai, nous permet de ne pas trembler et d'espérer.

Notre Histoire, généreuse de sérénité, léguée aux générations exemptes du spectre de la guerre.

Gil BERNARDI.