26/07/2026

Mathilde FROMENT : « C’est l’humain qu’on construit autant que l’ouvrage » Elle répond aux…

Mathilde Froment est directrice adjointe d’opérations chez VINCI Autoroutes.

PBPar Pierre BEGLIOMINI Photos VINCI AutoroutesJournaliste 4 août 2025 Lecture : 4 min
Mathilde FROMENT : « C’est l’humain qu’on construit autant que l’ouvrage » Elle répond aux questions de La Gazette du Var.
Mathilde FROMENT : « C’est l’humain qu’on construit autant que l’ouvrage » Elle répond aux questions de La Gazette du Var.© La Gazette du Var
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Vous avez piloté, pendant plusieurs années, un chantier autoroutier d’envergure en zone urbaine dense. Quelles ont été les premières étapes mises en place pour structurer l’opérationnel ?

Mathilde FROMENT : « C’est l’humain qu’on construit autant que l’ouvrage » Elle répond aux questions de La Gazette du Var.
Mathilde FROMENT : « C’est l’humain qu’on construit autant que l’ouvrage » Elle répond aux questions de La Gazette du Var.

Dès mon arrivée, j’ai compris que ce projet ne pouvait être géré uniquement par le prisme technique. Avant même de poser un planning, il fallait comprendre le territoire, ses rythmes, ses attentes. À Toulon, l’enjeu de maintien du trafic était décisif. Nous avons intégré un assistant à maîtrise d’ouvrage spécialisé trafic très tôt, pour anticiper les flux et adapter notre organisation aux réalités de terrain.

Quel était alors votre rôle, en tant que directrice adjointe d’opérations ?

Il consistait à faire le lien entre les trois piliers du chantier : la maîtrise d’ouvrage que nous incarnions, la maîtrise d’œuvre et le groupement d’entreprises en charge des travaux. Cela impliquait beaucoup de coordination, mais aussi des arbitrages techniques, organisationnels, et humains. Mon rôle était d’accompagner les équipes, mais aussi de garantir que tout avançait de manière cohérente avec les attentes de l’État, qui restait notre autorité concédante.

Sur un projet de cette ampleur, comment avez-vous géré la pression et les imprévus ?

La pression était constante. Plus de 110 000 véhicules par jour, des impacts potentiels sur toute la métropole toulonnaise, une attention forte des élus... Mais l’ingrédient fondamental, c’est l’équipe. Lorsque chacun est à sa place, que la confiance circule, on peut prendre du recul même dans les situations les plus complexes. Et il faut aussi s’appuyer sur les collectivités, la préfecture, les commerçants. Ce sont eux qui nous ont aidés à éviter des erreurs de calendrier, à ajuster nos plans aux réalités locales. Le dialogue territorial a été un levier précieux.

Parlons maintenant de votre posture managériale. Vous avez endossé un rôle de responsable pour la première fois. Qu’avez-vous appris ?

Je suis quelqu’un d’exigeant, surtout avec moi-même, mais j’ai toujours tenu à créer un environnement humain, où chacun puisse parler librement. Dès le départ, j’ai dit à l’équipe que je découvrais ce rôle de manager, et que j’étais à l’écoute de leurs retours. J’ai tenu à entretenir une dynamique d’échanges directs. Une collègue m’a dit un jour : « Tu sais poser un cadre ferme quand il faut, mais le soir tu sais aussi venir boire un verre avec nous. » J’ai trouvé ça juste. Pour moi, c’est ça, le bon équilibre entre autorité et bienveillance.

Ce climat de proximité a-t-il aidé à traverser les phases critiques du chantier ?

Oui. Nous avions une vraie cohésion, même dans les périodes de tension. Chacun savait qu’il pouvait compter sur les autres. Il y a eu des réunions houleuses, bien sûr, des moments d’incompréhension. Mais toujours avec l’objectif commun en tête. Et je n’ai jamais commencé une journée avec la boule au ventre. Ce chantier, malgré sa complexité, n’a jamais été pesant humainement. Il a même été profondément riche.

Qu’en est-il de l’impact plus personnel de ces années ?

Ce chantier a été un véritable tournant pour moi. Il a absorbé beaucoup de temps, parfois sur mes week-ends, mes soirées. Je n’ai pas d’enfants, cela m’a permis d’être très disponible. Mais je sais aussi que j’ai pu tenir grâce au soutien de mes proches. Ils m’ont aidée à déconnecter quand il le fallait. J’ai aussi trouvé dans la région varoise un équilibre inattendu. La nature, le vélo, les randonnées : cela m’a permis de respirer. Cette combinaison entre engagement fort et respiration personnelle a été précieuse.

Vous êtes mobile dans votre métier. Comment vivez-vous cette instabilité géographique ?

C’est très riche, mais aussi très déracinant. On arrive dans une ville, on tisse des liens, on s’ancre. Et puis il faut partir. C’est un choix de vie qu’on embrasse quand on est jeune, mais qui devient plus délicat au fil du temps. À Toulon, je me suis sentie à ma place. Le départ a un goût de nostalgie heureuse. Parce qu’au-delà de l’ouvrage, c’est un pan de vie qui se referme.

Et si vous deviez résumer, en un mot, ce que ce chantier vous a le plus appris ?

L’équilibre. Celui qu’on trouve entre rigueur et souplesse, entre exigence et écoute. Ce chantier m’a confirmé que l’on peut porter un projet d’envergure sans perdre de vue les gens. Et que parfois, ce sont les liens qu’on construit qui font tenir l’édifice aussi sûrement que le béton. •

Propos recueillis par Pierre BEGLIOMINI Photos VINCI Autoroutes.