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le 14 Septembre 2025

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Marion Cros : « Si nos marges s’effondrent, certaines pharmacies déjà fragiles risquent de fermer »

À 35 ans, Marion Cros incarne une nouvelle génération de pharmaciens déterminés à défendre un métier en pleine mutation, sans jamais perdre de vue l’humain.

À la tête de la pharmacie Cros (10 avenue du 15ème Corps), elle conjugue rigueur, écoute et engagement dans un contexte local et national de plus en plus tendu. Vice-trésorière de la CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé), impliquée dans la future maison de santé locale, Marion se bat au quotidien pour que la proximité et la qualité du service restent la norme.

Elle répond aux questions de La Gazette du Var.

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Constatez-vous de plus en plus de précarité chez les personnes âgées ? Est-ce que cela va empirer avec l’augmentation de la franchise/participation forfaitaire à 2€ ?

Marion CROS. Oui, malheureusement. Nous avons déjà des personnes âgées qui nous disent devoir choisir entre certains achats du quotidien et leurs médicaments. Avec la franchise doublée, le risque est que certains renoncent à des traitements pourtant essentiels, faute de moyens. C’est préoccupant. 

Pourtant, les personnes âgées, sur qui retombe aussi cette culpabilisation, ont vraiment besoin de ces médicaments, et ils vont les payer plus chers. C’est la double peine ?

MC. Exactement. D’un côté, on leur dit qu’il faut se soigner, suivre scrupuleusement leurs traitements, et de l’autre, on leur demande de plus en plus souvent des restes à charge car la mutuelle ne rembourse pas tout dans certains cas, nous avons été habitués à ne rien débourser. C’est souvent vécu comme une injustice, surtout pour des patients qui n’ont pas choisi d’être malades. Néanmoins nos voisins européens déboursent beaucoup plus que nous par ordonnance. 

Craignez-vous que ces changements, comme le fait de faire payer le reste à charge, créent des tensions avec les patients en officine ?

MC. On le craint. Car nous, pharmaciens, nous sommes le dernier maillon de la chaîne, celui qui va une nouvelle fois devoir expliquer des décisions trop soudaines pour les patients. Ce n’est pas nous qui prenons ces mesures, mais nous allons devoir les annoncer et les appliquer. Certains patients risquent de nous exprimer leur colère, alors que nous partageons leurs inquiétudes.

Les gens se sentent abandonnés par le système de santé. Vous voyez quel cas dans vos officines ?

MC. Très souvent, des patients nous confient qu’ils n’arrivent plus à avoir de rendez-vous chez leur médecin en temps et en heure, ou qu’ils doivent attendre plusieurs mois pour un spécialiste. Certains n’ont plus que la pharmacie comme point de contact régulier avec un professionnel de santé. Nous devenons un peu le refuge, mais nous voyons leur sentiment d’abandon grandir.

En ce qui concerne le reste à charge qui va se généraliser, encaisser ces franchises va-t-il vous apporter une charge administrative supplémentaire ?

MC. Bien sûr. Cela représente du temps de gestion supplémentaire, des explications à donner aux patients, parfois des incompréhensions à désamorcer. Et ce temps, on ne le passe pas auprès des patients pour le conseil ou la prévention. C’est une charge de plus qui s’ajoute à un quotidien déjà lourd.

Le gouvernement veut réduire les remises dont vous bénéficiez de la part des laboratoires sur les génériques. Cela va-t-il avoir une répercussion sur les patients au niveau des prix ?

MC. Indirectement, oui. Si nos marges s’effondrent, certaines pharmacies déjà fragiles risquent de fermer. Or, une officine qui ferme, ce sont des patients qui se retrouvent sans accès rapide à leurs médicaments. C’est surtout un problème d’accès aux soins et de survie de la profession.

Face à ce constat, quelles sont vos revendications ? On parle alors de la survie de la profession ?

MC. Nous demandons avant tout de pouvoir continuer à exercer notre métier correctement : être au service des patients, les accompagner, sécuriser leurs traitements. Pour cela, il faut des conditions économiques viables, sinon beaucoup d’officines vont disparaître, surtout en zones rurales. Ce n’est pas seulement la survie de la profession qui est en jeu, c’est l’accès aux soins pour des millions de Français.

Propos recueillis par Bernard BERTUCCO VAN DAMME - Photos Philippe OLIVIER.

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