« Investissez dans les infrastructures » ! Jean-Jacques Castillon répond aux questions de La…
Investissez dans des infrastructures nouvelles en faisant la part belle au durable et à l’innovation

L'incertitude a longtemps plané sur cette 9ème édition des Rencontres de la Construction. Après un premier report cet été, elle a finalement pu se tenir ce 5 octobre ? Jean-Jacques CASTILLON. Il était important de tenir ce rendez-vous car il faut continuer à vivre, à aimer, à échanger et à entreprendre. Prudemment, mais il faut continuer !
Il était également important de tourner la page de cette première phase de la crise sanitaire en saluant l'abnégation, le courage des chefs d'entreprises et de leurs collaborateurs dans les bureaux et sur les chantiers. Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics a été érigé au rang d'activité essentielle à la vie de la Nation, nous n'en demandions pas tant. Souhaitons que le pays et les autorités s'en souviennent pour longtemps.
Qu'attendez-vous des maires ?
JJC. Ils sont à la tête d'un patrimoine d'infrastructures et de bâtiments considérable qu'il faut préserver, entretenir et renouveler. Je leur dis : entretenez les infrastructures existantes, routes, ponts, réseaux, éclairage... Elles ne cessent de se dégrader.
Le Forum Economique Mondial a rétrogradé la France dans le classement des pays en fonction de la qualité des infrastructures de la 4ème à la 9ème place en 10 ans. C'est la compétitivité et l'attractivité de nos territoires qui est en jeu.
Je leur dis : Investissez dans des infrastructures nouvelles en faisant la part belle au durable et à l'innovation, le déploiement du numérique partout et rapidement, les modes de mobilité décarbonnée, les énergies renouvelables et la ville intelligente, rénovez vos bâtiments publics, notamment sur le volet énergétique, faites-en sorte de réaliser vos budgets de travaux en totalité et non à moitié comme c'est actuellement le cas.
Pendant le confinement, le BTP a démontré une démarche citoyenne...
JJC. Le président de la République nous a demandé d'arrêter nos activités, nous les avons stoppées !
48 heures après, sa Ministre du Travail d'alors, en service commandé, nous a sommés sans ménagement de rouvrir nos chantiers. Ce que nous avons fait dans le respect des procédures et, pour notre part, celui des personnes.
J'en profite pour saluer la saine gestion de la situation par la grande majorité de nos clients, mais aussi pour signaler au passage que quelques maîtres d'ouvrages n'ont pas du tout été à la hauteur de l'enjeu.
Au total, nous étions sur le front pendant que d'autres étaient confinés, sans en tirer une gloire particulière, quoi que. Je pense que cela nous confère quelques droits, en premier lieu celui d'être respectés.
Qui visez-vous ?
JJC. On a beau nous dire que les agents des collectivités sont restés actifs en télétravail durant le confinement, le constat est là : ni les appels d'offres n'ont pu être lancés pas plus que les permis de construire n'ont été instruits. Certaines commissions d'appels d'offres ne se sont pas encore réunies depuis la fin des élections !
Cette parenthèse administrative, il faudra bien la payer un jour ! C'est le fameux trou d'air que nous redoutons tant et contre lequel nous alertons les autorités depuis le mois d'avril dernier. Force est de constater que rien n'a été fait pour tenter de rattraper les 2 mois de confinement par des moyens supplémentaires. La chute d'activité arrivera bel et bien un jour. Cet hiver ? Au printemps 2021 ? Ce n'est qu'une question de temps. Et là, je peux vous dire que les dégâts seront considérables !
Mais pour la profession, il manque encore des mesures fortes pour soutenir immédiatement l'activité.
Rendez-vous compte ! Les appels d'offres de travaux sont en chute de 36% et les mises en chantiers de logements ont reculé de 25% sur les 7 premiers mois. Le pire est annoncé avec une baisse de 48% des permis de construire au 2ème trimestre 2020 par rapport à l'an passé.
Investissez dans des infrastructures nouvelles en faisant la part belle au durable et à l'innovation
Pourtant la Fédération a été en première ligne ?
JJC. À la hauteur des attentes de ses adhérents, et même un peu au-delà, me semble-t-il. Pardon pour ce chapitre d'autosatisfaction, mais je sais que nous sommes nombreux à le penser. Les services sont restés à l'écoute des dirigeants et nous avons œuvré pour construire le cadre indispensable à la reprise d'activité tout en essayant de préserver les intérêts menacés des entreprises. La Fédération était l'incarnation de la profession durant cet épisode de crise. Un constat qui fait étrangement écho au thème des Rencontres de l'an dernier où nous nous interrogions sur la crise des représentations qui traverse la société. Finalement, les organisations professionnelles, ces corps intermédiaires un temps négligés par le pouvoir, ont montré qu'elles gardent tout leur sens, notamment dans un environnement hostile.
Et, que dire de la gestion de la crise sanitaire ?
JJC. Sans sombrer dans la caricature d'une analyse facile de café du commerce, mais avec un peu de hauteur, je pense que l'impact de la crise sanitaire sur l'économie a été plutôt bien géré. On trouvera ici et là de bonnes raisons de dire que le Gouvernement aurait pu aller plus loin en faveur de l'économie comme, par exemple, la suppression pure et simple des charges pour les entreprises mais peut-être n'avons-nous pas encore tout vu et que les difficultés futures justifieront des décisions encore plus fortes.
On passera aussi sur les multiples incohérences et contradictions que nous avons été contraints de gérer face à nos salariés, leurs familles et les nôtres. Mettons cela sur le caractère inédit du virus et l'improvisation que suppose de traiter un fléau dont on ne sait rien. Au total, nous sommes en train, tant bien que mal, de réussir la reprise. Mais la relance reste à faire.
Le plan de relance est-il une première réponse à la crise ?
JJC. Les secteurs du bâtiment et des travaux publics y sont à leur place. Le succès des mesures annoncées dépendra en grande partie de leur vitesse d'exécution et de leur ampleur pour nous permettre de conserver intacts l'emploi et l'appareil productif.

Il était important. Pendant le confinement, le BTP a démontré une démarche citoyenne...