Lettres en vie, au seuil de l’au-delà Il répond aux questions de La Gazette du Var.
Dans ce livre-témoignage, aboutissement de six ans de rencontres avec des patients et des soignants d’une unité de soins palliatifs, Alain Cadeo raconte son…

Il répond aux questions de La Gazette du Var. D'où vient l'idée de ce livre ? Alain CADEO.

Je fréquentais le centre de soins palliatifs de La Seyne depuis sa création il y a 7 ans, car j'ai eu la chance de rencontrer Frédérique Giraud. Mon frère Michel, peintre, et moi-même avons commencé à rendre visite aux patients toutes les semaines. Peu à peu s'instaurait une confiance entre l'équipe de soignants et nous.
Surtout lorsqu'ils ont vu que les patients s'épanchaient en notre présence. Nous avons recueilli des confessions, vécu de grands moments d'émotions. Le lien était si fort que, quand ils disparaissaient, c'était d'une grande tristesse.
Si bien que cela nous a semblé important de garder une trace de ces personnages et de leurs témoignages.
Comment cela se passait-il avec l'équipe de soignants ? AC. Ce projet de livre sortait l'équipe de Concrètement, le psychologue prépare les patients à nos visites.
Puis, nous nous rencontrons dans une pièce dédiée, accompagnés d'un psychologue et/ou soignant. Nous sommes entre 6 à 12 personnes, avec les membres de famille, et discutons de choses et d'autres, sans thématique particulière. Parfois, lorsque le patient ne peut ou ne veut se déplacer, nous allons à son chevet.
Dans tous les cas, c'est une démarche volontaire de la part du patient.
Pourquoi les témoignages sont sous forme de lettres ? AC. En soins palliatifs, il y a beaucoup de bénévolat et de nombreux intervenants, mais rien au niveau de la correspondance.
Un jour, une dame très élégante m'a demandé de lui lire un poème et elle s'est endormie. L'idée des lettres est venue de cette expérience, quand le charme des mots a permis à une personne en souffrance de s'apaiser au point de s'endormir. Et puis je me souvenais son quotidien rude.
Et le but est d'étendre ce type d'accompagnement. Comment ne pas accompagner dignement cette réalité si immense ? Les accompagnants permettent cela.
Pourtant, il n'y a que 40 lits en soins palliatifs dans tout le Var !
Lors de mes rencontres avec les patients, il y a une telle sincérité dans ce qui est dit et dans le non-dit des regards qu'il m'importe de leur transmettre un message de ce que j'ai compris d'eux. Je suis un laboureur de l'écriture et, grâce à la technologie, je peux leur envoyer un e-mail dès le lendemain, dans la fraîcheur de la mémoire. L'immédiateté est fondamentale dans ces échanges.
Et ce sont des échanges car la personne répond, par elle-même ou par l'intermédiaire d'un membre de l'équipe soignante si elle n'en a plus la capacité. De ces échanges est né ce projet de livre. Nous avons réussi à récolter une centaine de témoignages.
Qu'en est-il des dessins qui les accompagnent ? AC. Mon frère Michel a un grand cahier dans lequel il dessine les visages des êtres que nous rencontrons. Quand l'idée du livre est née, j'ai pensé que ce serait sympa d'y faire apparaître les dessins. Les reproductions viennent préciser ou alléger certaines émotions.
Propos recueillis par Lætitia CECCALDI.