Traiter de l'eau en Provence, c'est se confronter à des paradoxes
Le 30 mai, le Département du Var organisait ses premières Assises départementales de l’eau, au Pôle Chabran à Draguignan, en présence de François de Canson,…

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Le cycle de l’eau “impulsif” : l’essentiel de l’eau de l’année peut tomber en quelques jours, et les sécheresses peuvent durer plusieurs années. C’est pourquoi la conquête de l’eau a toujours préoccupé les Varois et le Département du Var en particulier.

TENSIONS
Gérer la rareté hydrique et sa disponibilité hétérogène est l'histoire de notre région, qui a souffert historiquement de la sécheresse et qui a déployé l'ingéniosité des hommes pour y remédier. Dériver l'eau, la stocker, la conduire là où elle faisait défaut, a été l'œuvre de différentes sociétés. Les procédés utilisés ont été aussi ingénieux que nécessaires (captage de sources, creusement de puits, de galeries souterraines, construction édification de canaux utilisés pour les moulins puis pour l'agriculture et l'énergie électrique). Le Var, en tant que département méditerranéen, a toujours eu peu de pluie en été, de fortes chaleurs et un cycle de l’eau “impulsif” : l’essentiel de l’eau de l’année peut tomber en quelques jours, et les sécheresses peuvent durer plusieurs années.
C'est grâce à l'affranchissement des conditions naturelles du territoire que l'on peut aujourd'hui se féliciter d'une grande disponibilité de la ressource en eau pour les différents usages régionaux. Ces aménagements ont fortement réduit les inégalités territoriales d'accès à la ressource en eau et ont permis, grâce aux stockages, de s'affranchir d'une partie des contraintes saisonnières et géographiques.
Mais lors des années de forte sécheresse (2003-2007 ou plus récemment 2022), les tensions restent perceptibles et l'équilibre autour de la multiplicité des usages pourrait s'avérer fragile dans un futur soumis au changement climatique. Notre confort est donc le fruit d'innovations majeures, de l'audace des hommes, d'ouvrages uniques en Europe. Notre confort depuis des décennies a un peu étouffé la réalité. D'ailleurs, les exemples historiques sont nombreux à l'instar des demandes de procession « pro pluvia » ou surtout « petendam pluviam », c'est-à-dire pour obtenir la pluie, faites par les communautés urbaines ou rurales auprès des autorités religieuses. On en trouve des mentions par dizaines dès la fin du XIIIème siècle à Marseille.
OPTIMISME DE COMBAT
Dans ce contexte de changement climatique, les ressources en eau montrent une tendance générale à la baisse et avec un manque d'eau accru en été. Ce ne sera pas sans conséquence sur les usages et le partage de l'eau. À la lueur de ces résultats, comment appréhender la gestion de la ressource pour assurer un accès à tous dans le futur, en tenant compte à la fois des contraintes géographiques, écologiques et culturelles spécifiques à notre territoire régional, mais aussi des transformations économiques et démographiques potentielles ? Je refuse d'écouter les Cassandre, les prophètes de malheur : notre méthode, c'est un optimisme de combat. Sans jamais refuser de regarder en face les difficultés, les crises, les problèmes. Mais en défendant l'idée que nous sommes forts, puissants, et que nous savons nous adapter aux évolutions du monde. On nous promet toujours le pire ! Il suffit de regarder ces dernières années pour constater que le pire ne survient jamais. Tout dépend de nous ! Il faut toujours savoir raison garder », insiste François de Canson, vice-président de la Région. Le maire de La Londe-les-Maures a détaillé le dispositif régional : « Pour l'eau, nous avons une méthode : consulter et s'inspirer des meilleurs. Renaud Muselier a souhaité des rencontres dans chacun des 6 départements de la région autour de la problématique de l'eau, parce que les sujets de l'amont dans nos Alpes ne sont pas les mêmes qu'en aval. Parce que les risques dans les Alpes-Maritimes ne sont pas ceux du Vaucluse. Parce qu'une politique régionale ne peut se construire qu'en écoutant Provençaux, Alpins, Azuréens, qu'en respectant leurs impératifs et en tenant compte des conflits d'usage.
SOLUTIONS CONCRETES
Avec les États Régionaux de l'Eau organisés à l'Hôtel de région le 7 juin, il s'est agi d'apporter des solutions concrètes avec le plus grand nombre d'acteurs autour de la table. « Comment expliquer en conscience à nos concitoyens qu'ils doivent faire preuve de solidarité, ne pas laver leur voiture, laisser leurs petits massifs fleuris mourir, ne pas toucher le niveau de leur piscine quand parallèlement à ça les réseaux publics sont défectueux ? Nous acteurs territoriaux devons agir en responsabilité en nous appuyant sur les grandes entreprises de l'eau qui font la richesse de notre pays. C'est d'une approche holistique dont nous avons besoin qui laisse toute sa part à la sobriété et l'hydro-responsabilité dans tous nos domaines de compétence, la solidarité entre amont et aval, entre agriculteurs et professionnels du tourisme, entre Etat et collectivités, entre usagers et aménageurs et l'innovation. Mais qui ne pourra voir le jour qu'avec des investissements massifs. C'est la volonté de la Région qui assumera son rôle de leader avec 800 millions d'investissements d'ici la fin du mandat. Et les Départements sont attendus pour des investissements complémentaires, nécessaires pour de vrais effets de levier », a conclu le vice-président de la Région Sud.
En présence de : Evence Richard, préfet du Var, Jean-Louis Masson, président du Département.
Photo PRESSE AGENCE.