26/07/2026

François de Canson : « Traiter de l’eau en Provence, c’est se confronter à des paradoxes »

Le 28 novembre à Toulon, Jean-Louis Masson, président du Département, a procédé à la signature du marché Var Eau 2050 et de l'accord de soutien des…

RGPar Rédaction Gazette du VarJournaliste 9 janvier 2024 Lecture : 5 min
François de Canson : « Traiter de l’eau en Provence, c’est se confronter à des paradoxes »
François de Canson : « Traiter de l’eau en Provence, c’est se confronter à des paradoxes »© La Gazette du Var
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Le 28 novembre à Toulon, Jean-Louis Masson, président du Département, a procédé à la signature du marché Var Eau 2050 et de l'accord du soutien des partenaires financiers, en présence de François de Canson, vice-président de la Région Sud. Les différences de ressources en eau, importantes au nord (Alpes du Sud) et limitées au sud (basse Provence) sont aggravées par l'existence, en zone méditerranéenne, d'une période sèche estivale. GÉRER LA RARETÉ HYDRAULIQUE Pour François de Canson : « Traiter de l'eau en Provence, c'est inexorablement se confronter à des paradoxes, une alternance de trop ou pas assez.

François de Canson : « Traiter de l’eau en Provence, c’est se confronter à des paradoxes »

Gérer la rareté hydrique et sa disponibilité hétérogène est l'histoire de notre région, qui a souffert historiquement de la sécheresse et qui a déployé l'ingéniosité des hommes pour y remédier. Des glaciers des Alpes aux villes des franges côtières l'eau circule, non pas dans un continuum naturel mais grâce à de nombreux aménagements, dont certains peuvent être datés de l'époque romaine. Dériver l'eau, la stocker, la conduire là où elle faisait défaut, a été l'œuvre des différentes sociétés qui nous ont précédées ».

Les procédés utilisés ont été aussi ingénieux que nécessaires : captage de sources, creusement de puits, de galeries souterraines, construction de restanques et, surtout, édification de canaux utilisés d'abord pour les moulins puis pour l'agriculture et l'énergie électrique. Les derniers grands aménagements hydrauliques de la Durance et du Verdon dans les années 1960-70 (barrages de Serre-Ponçon et de Sainte Croix, canal usinier EDF et canal de Provence), ont sécurisé l'accès à la ressource pour une grande partie de la région. C'est donc grâce à un long et laborieux affranchissement des conditions naturelles du territoire que l'on peut aujourd'hui se féliciter d'une grande disponibilité de la ressource en eau pour les différents usages régionaux.

Le vice-président de la Région a ajouté : « Ces aménagements ont fortement réduit les inégalités territoriales d'accès à la ressource en eau et ont permis, grâce aux stockages, de s'affranchir d'une partie des contraintes saisonnières et géographiques. Lors des années de forte sécheresse (2003-2007 ou récemment en 2022), les tensions sont restées perceptibles et l'équilibre autour de la multiplicité des usages pourrait s'avérer fragile dans un futur soumis au changement climatique.

Le confort qui est le nôtre aujourd'hui est donc le fruit d'innovations majeures, de l'audace des hommes, d'ouvrages uniques en Europe ... Au 20ème siècle, nous avons créé la Société du Canal de Provence, qui est devenu un fleuron euro-méditerranéen sur le sujet de l'eau avec 2,7 milliards de patrimoine, 210 km d'ouvrages de transport, 5 600 km de canalisations d'adduction, 4 grands barrages et 80 réserves de proximité. Le confort qui est le nôtre depuis des décennies a un peu étouffé la réalité qui préexistait.

L'accélération du changement climatique nous remet donc dans une nécessaire dynamique faite de sobriété, de solidarité et d'innovation, choses que nous éludions un peu par confort ».

CONTRAINTES GÉOGRAPHIQUES ET ÉCOLOGIQUES Le constat est assez simple avec plus de 3,7 degrés de température moyenne en été en 2 100, la différence qu'il y a aujourd'hui entre Marseille et Tunis, 43 nuits tropicales en plus par an en 2 100 contre 4 en 2005, 18% de précipitations en été. À la lueur de ces résultats, comment appréhender la gestion de la ressource pour assurer un accès à tous dans le futur, en tenant compte des contraintes géographiques, écologiques et culturelles spécifiques au territoire régional, mais aussi des transformations économiques et démographiques potentielles ?

Comment minorer les conflits d'usages ? Pour François de Canson, ces questions prennent une dimension toute particulière dans le Var qui agrège des caractéristiques spécifiques : « Nous sommes le premier département touristique, le premier département boisé, le premier département producteur de vins rosés, de figues, de miel, etc. En charge de la construction de l'avenir de nos territoires, il nous faut accélérer sans posture, assumer la nuance, imaginer les équilibres.

Il nous faut ensemble mesurer la hauteur de la marche à passer et nous coordonner pour la franchir ensemble État, Région, Département et territoires.

Si je ne devais prendre que l'exemple de la réutilisation des eaux usées. Le chemin à parcourir est dantesque. Nous la pratiquons 10 fois moins qu'en Italie, 20 fois moins qu'en Espagne, alors que dans ces pays ce sont nos opérateurs français qui sont à la manœuvre.

La gestion de l'eau est comme nombre de sujets en prise à de nombreuses injonctions contradictoires, mais de grâce avançons.

Pour cela il nous faut des aides à la décision, des indicateurs stables et opposables. Aussi, le président Renaud Muselier a tenu à être parmi les principaux financeurs de cette étude Var Eau 2050 avec l'Agence de l'eau et la Banque des Territoires, en appui du Département ».

Deux dispositifs ont été votés par la Région Sud : installation de récupérateurs d'eau de pluie pour les particuliers (50% d'aide jusqu'à 6 000€) et lutte contre les fuites dans les réseaux d'eau potable avec une aide de la Région à hauteur de 20% en lien avec l'agence de l'eau. « Ce dernier point est malheureusement une réalité à traiter en priorité et avec vigueur, qui aujourd'hui peut tolérer que plus de la moitié de l'eau de certains territoires se perde pour cause de réseaux non entretenus depuis des décennies. Comment expliquer en conscience à nos concitoyens qu'ils doivent faire preuve de solidarité, ne pas laver leur voiture, laisser leurs petits massifs fleuris mourir, ne pas toucher le niveau de leur piscine quand parallèlement les réseaux publics sont défectueux.

Nous acteurs territoriaux devons agir en responsabilité, en nous appuyant sur les grandes entreprises de l'eau qui font la richesse de notre pays. Vous trouverez la Région à vos côtés sur tous les sujets relatifs à l'eau. À travers le plan Or Bleu, lancé il y a 6 ans, et repris en grande partie par le président de la République, lors de l'annonce du plan Eau à Savines-le-Lac au mois de mars.

Ce sont 3,5 milliards € d'investissement dans notre région pour préserver l'eau », a conclu le vice-président de la Région.

Photo PRESSE AGENCE.